Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

Les ordures, la ville et...

Les ordures, la ville et la mort.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Rainer Werner FASSBINDER auteur
Pierre Maillet Metteur en scène

Texte : Le théâtre de Rainer Werner Fassbinder peut contenir le pire ou le meilleur. Habité d'une véritable frénésie d'écriture théâtrale, l'auteur, mort en 1982, arrive à produire onze pièces en trois ans. Sans compter ses films. Les Ordures, la Ville et la Mort a été créée en 1976. La pièce, jugée antisémite, fit scandale. Elle fut retirée de l'affiche. Daniel Schmidt en fera un film intitulé L'Ombre des anges, qui sera aussi très controversé. Que racontent Les Ordures, la Ville et la Mort ? Une histoire de désirs humains, de sexe que l'on vend, de corps qui se prennent. D'un monde glauque dans lequel l'amour n'a pas sa place. Fassbinder écrit là une fable moderne sur fond de fascisme toujours présent. L'ambiguïté de sa pièce et son danger, c'est le portrait qu'il fait du juif qui sort une pute du ruisseau pour en faire une icône rédemptrice de la déchéance. Ce juif, on le voit aujourd'hui comme la représentation de la culpabilité de l'Allemagne, l'image du fantôme d'Auschwitz que la société voudrait oublier. Mais, pour dénoncer tout cela, Fassbinder provoque, lance au visage le racisme avec la cruauté des mots qui l'accompagne. C'est ce qui fut mal compris à l'époque où la pièce fut créée.
Critique : Le problème avec Fassbinder, c'est qu'il a beaucoup d'idées. Trop, sans doute. Ce qui le mène parfois dans des impasses. Et il vous laisse là en plan. La dramaturgie est éclatée, faite de petites scènes que l'on a du mal à accrocher entre elles. D'où un propos qui a tendance à s'effilocher. En ce sens, Les Ordures, la Ville et la Mort sont comme une sorte de brouillon dans lequel surgissent parfois de belles fulgurances. C'est pain bénit pour un metteur en scène. Pierre Maillet, avec une troupe époustouflante, propose un spectacle continuellement surprenant et grave à la fois. Une sorte de danse de mort sur les cendres de l'amour. Il restitue subtilement l'esprit des années 70. Pratique la citation avec Jacques Demy et Une chambre en ville, Michel Delpech et son Chanteur, Bob Fosse et Sweet Charity. Il est aussi proche de Brecht que de la comédie musicale américaine ou du cabaret berlinois. Ce qu'il montre, ce sont les coulisses de la vie, ses recoins, les arrière-cours du désir. Il habille la fable de paillettes et de strass, donne au sexe les couleurs de la mort et à l'amour l'espoir d'un instant sublime que l'on ne peut atteindre que par le rêve.
Jean-Louis Pinte


Source Externe : Le Figaroscope mer 11 juin 2003


Inséré le : 12/06/2003 00:00