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Fassbinder appuie là où ça fait mal.
Les ordures, la ville et la mort.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Rainer Werner FASSBINDER auteur
Pierre Maillet Metteur en scène
Texte : On ne se débarrasse pas facilement du passé. Certes, on peut toujours l'occulter. Mais, d'une manière ou d'une autre, il réapparaît, remonte à la surface. Dans ses films comme dans son théâtre, Rainer Werner Fassbinder pointait ainsi avec un malin plaisir ce retour du refoulé. « A la manière de Balzac, son œuvre peut tout à fait se lire comme une comédie humaine où sont décrites toutes les couches de la société. Mais Fassbinder aborde ses sujets de façon très radicale, en se gardant de tout manichéisme. Il s'attache toujours à rendre compte de la complexité des situations. A en conserver l'ambiguïté. Il appuie là où ça fait mal. D'où le scandale », remarque Pierre Maillet, qui présente en ce moment deux pièces de Fassbinder,
Du sang sur le cou du chat à Saint-Etienne et
Les Ordures, la ville et la mort au théâtre de la Bastille, à Paris.
Pierre Maillet entretient une longue histoire avec Fassbinder. Sa première mise en scène avec sa compagnie
Le théâtre des Lucioles alors qu'il sortait tout juste de l'école du théâtre national de Bretagne, était sur un texte de Fassbinder,
Preparadise Sorry Now. C'était en 1995. Depuis, Pierre Maillet rêvait de monter un « projet Fassbinder » en forme de trilogie. Faute de financement, la chose n'a pas pu se faire. Mais il n'en a pas moins poursuivi l'aventure, en montant notamment un des textes les plus sulfureux de Fassbinder,
Les Ordures, la ville et la mort.
A sa création, en 1976, la pièce, considérée comme antisémite, est retirée de l'affiche du théâtre de Francfort, dont Fassbinder est le directeur. Celui-ci abandonne alors ses fonctions. Il n'écrira plus pour le théâtre. La pièce ne sera jamais jouée en Allemagne. En revanche, elle est adaptée au cinéma, sous le titre
L'Ombre des anges, par Daniel Schmidt. Le film fait scandale. En 1977 à Paris, il est interdit de diffusion pour antisémitisme. Le philosophe Gilles Deleuze prend sa défense dans
Le Monde, en insistant sur « l'inanité radicale de cette accusation ».
Pour Pierre Maillet « toute cette histoire est un malentendu. Le débat est biaisé. » Ce qui choque dans
Les Ordures, la ville et la mort, c'est qu'un des personnages, appelé le Juif riche, prenne sa revanche sur l'homme qu'il soupçonne d'avoir été le bourreau de ses parents. Le juif en question est un agent immobilier. Son métier l'amène à procéder à des expulsions pour libérer des immeubles en vue de leur démolition. Quant à l'homme, il chante en travesti des airs des années 1930. Sous son déguisement, il n'a rien renié de son passé nazi.
Au début de la pièce, Rainer Werner Fassbinder précise, ironique, que l'histoire « se passe sur la lune, parce qu'elle est aussi inhabitable que la terre, surtout les villes. » D'une noirceur extrême, la pièce possède aussi une légèreté toute parodique. « II y a un côté mélodrame, avec une prostituée poitrinaire, un peu comme dans
La Traviata. Cela fait référence à
L'Opéra de quat'sous. Il y a beaucoup de chansons dans la pièce. Théâtre et cabaret s'y mélangent. Il n'y a pas de héros principal. Le personnage principal, c'est la ville elle-même », analyse Pierre Maillet. Sa mise en scène rend assez bien l'atmosphère poisseuse de ces bas-fonds. Un monde étouffant, où ne subsiste aucun espoir, où les destins se croisent et se cognent comme des projectiles ou des boules percutées sur un tapis de billard.
Hugues Le Tanneur.
Source Externe : Aden 28 mai 3 juin 2003
Inséré le : 10/06/2003 00:00