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Shakespeare malmené.

La tragédie d'othello.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Gaëtan KONDZOT Metteur en scène
William SHAKESPEARE auteur

Texte : A paris, notre critique littéraire et cinématographique est allée voir la pièce de Gaëtan Kondzot, Othello... Shakespeare déciment, méritait mieux !

Théâtre de la Bastille. "Ne marchez pas sur la scène". Les psittacismes de l'ouvreuse me plongent immédiatement dans le monde du théâtre. Aussitôt rentrée dans la salle, je m'interroge: "Quelle scène ? ». L'espace vide, "rond comme une artère", au milieu des fauteuils? Ou l'espace délimité par quelques lampions en losange ? Soucieuse de ne rien abîmer, je longe les fauteuils du premier rang sur les 10 cm prévus à cet effet. Fidèle à mon habitude, je m'assois au milieu. D'un coup d'œil, je vérifie que j'occupe bien la meilleure place; mais dans cette disposition, il n'y en a pas. Les fauteuils sont installés en U autour de la scène... ou plutôt sur la scène. J'examine alors le décor. C'est rapide, il n'y en a pas. La pièce est nue, à l'exception de quelques chaises et des fameux lampions. Par cette disposition intimiste et cette ambiance feutrée on comprend que Gaëtan Kondzot a voulu faire d'Othello quelque chose de nouveau, de moderne. Petit à petit, les lumières de la salle s'éteignent, le silence se fait, les lampions s'allument. .. la pièce commence.
Comment deviner qu'il en mourra?
Derrière moi, le Doge rentre en scène. Je pourrais toucher son immonde pyjama rayé, si cela n'allait à l'encontre de la bienséance. Je me contente de regarder. Peut-être bien de participer. "Le spectateur n'est jamais en repos" : les paroles de Gaëtan Kondzot résonnent dans ma tête. D'ailleurs, Othello commence dès la troisième scène. "Pour mettre tout de suite dans l'action", se justifie-t-il. Certes, mais Brabantio en paye les conséquences. Son rôle est réduit à une dizaine de répliques et le temps lui manquera pour nous transmettre le désespoir d'un père perdant son enfant. Comment deviner qu'il en mourra? Comme Bianca qui fera une entrée brève. G.K. a pris le parti d'aller directement au cœur de l'intrigue et de n'explorer que très peu les personnages secondaires. Tant pis, tant mieux ? La pièce dure déjà trois longues heures.

Un rythme haché, des mouvements répétitifs, un jeu décalé.
Malheureusement, les personnages secondaires ne sont pas les seuls à ne pas être au niveau d'une pièce de Shakespeare. Je suis tout de suite irritée par le rythme haché des répliques de Edouard Montoute. Son jeu ne me séduit pas. Il croit jouer avec son corps mais répète comme un débutant les mêmes mouvements de mains devenus inappropriés. À l'opposé du couple Othello / Désdémone, celui de Zakariya Gouram / Laurence Haziza, est convaincant de naturel. Peut-être plus modeste, leur interprétation porte ses fruits. Ils ont su faire un travail sur eux-mêmes, pour s'effacer devant leur personnage.

La langue de Shakespeare est un personnage à elle seule...
Les personnages arrivent sur scène par des directions arbitraires, cassant ainsi nos repères. Seule l'action qui se déroule sous nos yeux mérite notre attention. Pas d'accessoires non plus pour nous distraire de la scène. Par exemple, les messages sont envoyés par un mouvement de bras et ils sont lus sur la main. Original et plaisant. Vous l'aurez compris pour G.K. comme pour Shakespeare le réalisme n'est pas nécessaire. Chypre et Venise sont les symboles d'un ailleurs absolu. Ce que demande Shakespeare, c'est de l'imagination. Et la langue est son véhicule. Cette langue qui chez lui est un personnage à part entière. Au-delà d'un effet de style, les "iambic pentameters" de Shakespeare reproduisent les battement du cœur. C'est donc une langue extrêmement vivante. La chanson du « Willow » de Désdémone, n'est pas traduite car pour G.K. "il faut laisser planer le mystère et faire en sorte que les paroles nous atteignent".

Un maillot de bain Adidas.
Face à cette langue sublime, on comprend mal la touche futuriste et superflue que Gaëtan Kondzot a voulu apporter. On regrette les salutations des personnages façon "rugbymen de Nouvelle-Zélande", le maillot de bain (Adidas) de Roderigo, et le mouchoir, grossier, et pourtant clé de voûte de la pièce, car lorsqu'il tombe, "tous les personnages sont en sursis". Ce décalage nous fait au premier abord sourire. Nous devrions au contraire pleurer sur le manque de finesse dont fait preuve G.K. Il a voulu une mise en scène purifiée et a choisi des costumes d'un inesthétisme rare. Pendant toute la pièce on admire, à contrecœur, leur laideur. C'est bien la seule chose qui nous maintient en éveil après deux heures de pièce. Il faut faire un véritable effort pour dépasser ces trivialités et accéder aux "hautes sphères de Shakespeare". Mais ne vous méprenez pas, ami lecteur, vous n'y arriverez jamais. Muriel Brétancourt nous avertira pourtant: "L'espace sera le plus dépouillé, la mise en scène épurée de tout accessoire, les pieds nus. Ne laisser voir et entendre que l'essentiel de l'acte théâtral: l'acteur, le texte et le public". Une grande désolation nous envahit d'un coup. Malgré ces déclarations alléchantes, malgré une musique de flamenco meilleure que les acteurs eux-mêmes, les fausses notes de Gaëtan Kondzot sont seules à résonner dans notre esprit.

Bénédicte Malvoisin.






Source Externe : Théâtre de la Bastille (Lycée françois 1er)


Inséré le : 14/05/2003 00:00