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La tragédie d'Othello.
La tragédie d'Othello.
De petites lanternes rouges s'élèvent en cercle d'une scène noire, sur laquelle on reconnaît le motif d'une grande toile d'araignée. Tout est vide. Puis arrive le jeu entrecroisé d'une femme, pâle, aérienne et fantomatique, aux propos angéliques, et un homme, sombre jusque dans sa tenue et ses réparties, que parfois des éclairages rougeoyants soulignent dans son côté démoniaque. Une sorte d'ange déchu.
Du noir, du blanc, du rouge, des lanternes, un certain minimalisme des gens s'empalant sur des épées, la tenue du héros semblable a celle d'un shogun : pour un peu, on pourrait presque croire se trouver devant une représentation de théâtre Nô.
Mais non. Il s'agit d'Othello, une pièce Anglaise, mise en scène par Gaëtan Kondzot, lequel revendique beaucoup ses influences Africaines.
Tout sauf un drame Japonais.
Et pourtant, c'est la première chose qui m'a touché dans cette mise en scène : l'univers graphique, installé très simplement, mais de manière très réfléchie, chargé de symboles simples mais graves.
Cette mise en scène est étrange, voir même déroutante. On pourrait la qualifier de très "moderne" (on ne pouvait d'ailleurs pas s'attendre a autre chose de la part d'un spectacle cautionné par les Inrockuptibles, mais on va finir par dire que je suis une mauvaise langue), souvent dans le bon sens du terme, celui de la remise en cause, de l'expérimentation (on retiendra Desdémone qui, peu avant sa mort, semble faire un rêve prémonitoire de sa strangulation, agitée de spasmes, se débattant, au centre du motif toile d'araignée, autour duquel lago a filé ses intrigues... une trouvaille plus qu'intéressante) , parfois dans le mauvais sens du terme, celui de l'expérimentation pour l'expérimentation, jusqu'à la nausée, juste pour systématiser une attitude réformiste (l'exemple des messagers donnant leurs lettres par des signes de mains tarabiscotés me revient en tête, et je me demande de plus en plus si cela portait un véritable sens...).
Dans ce spectacle, tous les choix faits par le metteur en scène sont sujets à discussions, réflexions, remises en cause. C'est a mon avis le point fort de cette adaptation : que l'on aime, que l'on soit dubitatif ou que l'on déteste, elle ne laisse pas indifférent. Elle apporte son lot d'interrogations. Pourquoi cette non-représentation des objets en dehors du mouchoir ? Pourquoi lago est le seul à avoir quelque chose à ses pieds ? Ce début ampute ? Cette seule guitare pour assurer tous les bruitages ? Pourquoi ces choix plutôt que d'autres ?
Beaucoup d'éléments sont à discuter, discutables. Mais une conversation avec le metteur en scène et les acteurs permet de mettre une chose en évidence, déjà pressentie, ressentie, lors de la représentation : rien na été fait au hasard.
Après, qu'on soit d'accord ou pas avec Kondzot sur le masochisme de Desdémone (car elle ne fait ses déclarations d'amour à Othello que lorsqu il lui fait du mal...) ou sur les passages en anglais qui augmenteraient le ressenti, c'est un autre problème, mais voilà, pour peu qu'on soit un tant soit peu réceptif à la pièce, avec peut être une petite connaissance de la pièce pour mieux voir et apprécier les partis pris, le tout captive, fait réfléchir.
Car Gaëtan Kondzot semble, non pas s'être éloigné du texte, mais l'avoir réarrangé à sa sauce. On pourrait toujours lancer un débat pour savoir si cette version respect Shakespeare, si elle est proche du texte, si l'auteur voulait vraiment signifier telle ou telle chose... mais à mon avis, ce serait vain. Il existe beaucoup de sens de lecture à une oeuvre, et souvent, beaucoup échappent à leur créateur. On ne peut pas dire que Kondzot a détruit Othello, car on sent dans sa mise en scène un respect profond pour les thèmes intrinsèques de la pièce (la jalousie, l'emportement par les passions, le pouvoir des objets et des mots sur l'esprit, la dégradation d'une relation amoureuse...) mais plutôt qu'il l'a revisité, relu. C'est ce qui fait que la connaissance de la pièce me semble parfois importante pour tirer le suc de cette mise en scène. On peut considérer cela comme un peu élitiste, mais ce n'est à mon avis pas le cas, car la pièce pourrait tout à fait toucher quelqu'un qui n'a jamais ne serait-ce qu'entendu parler d'Othello.
Et il n'y a pas que par la réflexion sur le sujet qu'on est capté, car la mise en scène pourrait très bien ne pas refléter cela, ou le faire d'une manière absconse, ennuyeuse... mais voilà, Gaëtan Kondzot a aussi des talents de metteur en scène d'ordre purement technique. Les touches d'humour, surtout vers le début, que l'on ressent beaucoup plus que dans le livre, et les touches de guitare qui viennent parfois dédramatiser l'intrigue, ou au contraire la souligner dans sa noirceur par une touche de légèreté en contraste...
La fixation sur le mouchoir, à un point tel qu'il en devient un personnage a part, déterminant la position des acteurs, ces acteurs qu'on finit par ne plus regarder car on ne se focalise plus que sur ce mouchoir, pomme de discorde au motif de fraises... le metteur en scène est doué pour nous faire voir ce qu'il a à montrer.
Tout cela est renforcé par le décor, ou plutôt, pour employer un terme un peu pompeux, la mise en espace. Le décor proposé semble au début n'être qu'une simple arène, autour de laquelle le public juge librement de la vie et de la mort des combattants, mais cela s'avère plus complexe: les entrées sont multiples et passent par les spectateurs, des couloirs légèrement voilés derrière le public permettent de voir les personnages cachés, pour peu qu'on les cherche, une sorte de pont permet de rajouter de la hauteur, lago défile entre les sièges...
En plus d'ajouter la tridimentionnalité à un art traditionnellement bidimensionnel dans lequel les acteurs tentent de rester face au public, ici, on ressent moins l'artifice, et surtout, il s'établit très rapidement entre la scène et les spectateurs une forme de communication, on se sent projeté au coeur même de l'action, on s'y fond. J'ai souvent eu envie de me lever, pour dire quelque chose, intervenir, mais le temps de trouver quoi dire, la pièce était finie. Mais j'ai vraiment eu l'impression d'avoir le pouvoir de le faire... on ressent rarement ce genre de liberté au théâtre.
Les acteurs? Ils sont bons... suffisamment pour permettre au metteur en scène de montrer ses choix. Leur jeux n'est pas vraiment ce qui m'a le plus retenu (quoique celui de l'acteur interprétant lago m'ai quand même semblé assez remarquable). Tout cela est dit sans mépris aucun pour les acteurs, mais il s'agit ici pour moi d'une mise en scène que l'on va plutôt voir pour les idées du metteur en scène que le talent des acteurs, même si cette dernière condition est bien entendu nécessaire pour mettre en valeur le travail de celui qui se tient dans l'ombre, le marionnettiste, qui déplace ses pantins jusqu'au cœur de la toile, là où le fil est le plus serré, le plus gluant, là où il y à le moins d'espoir de pouvoir s'en sortir...
Vous pourrez donc assister à ce spectacle de marionnettes au théâtre de la Bastille, du 7 janvier au 9 février à 21 heure et le dimanche à 17 heure, relâche le lundi, pour un tarif plein de 19 euros, 12,50 pour le tarif réduit, et 9,30 pour les groupes scolaires. C'est plus cher que Guignol. Mais sans doute plus intéressant.
Source Texte : Théâtre de la Bastille (Lycée françois 1er)
Genre : atelier
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : William SHAKESPEARE (auteur), Gaëtan KONDZOT (Metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com
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