Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

Othello : Kondzot fait le plein d'émotion.

La tragédie d'Othello.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Gaëtan KONDZOT Metteur en scène
William SHAKESPEARE auteur

Texte : William Shakespeare (1564-1616) connut le succès tout d'abord en Angleterre. Aujourd'hui, il est considéré comme l'un des plus grands dramaturges de tous les temps. Comédien puis littérateur, il ne se dit que poète. Son don de l'observation, son sens poétique, et son talent de dramaturge lui ont permis de réaliser de magnifiques et d'immortels chefs-d'œuvre tels que Roméo et Juliette, Hamlet, et Macbeth. La tragédie d'Othello n'est certes pas l'une de ses plus grandes œuvres, mais elle subsiste comme la plus parfaite de toutes. Il amalgame le rire à l'émotion, le sublime au grotesque, la poésie à l'ordure...Je ne dirais pas que Shakespeare dispose d'une imagination débordante. Au contraire, il transcrit simplement ce qui l'entoure, en adoptant un langage remarquable. Shakespeare nous épate au travers de sa force d'écriture et de l'actualité de ses pièces.
Desdémone s'éprend d'un africain, le Maure Othello et l'épouse, contre le gré de son père Brabantio. Othello est alors envoyé à Chypre, menacée par les Turcs. Desdémone, éperdument amoureuse de son mari, le suit. Othello emmène son enseigne, l' « honnête » lago, accompagné de sa femme Emilia. lago se révèle empli d'amertume, de haine et de soif de vengeance, pour n'être que le bras droit, et pour être délaissé par la si douce Desdémone. Il organise complots sur complots : il ment, ruse, simule, calomnie... ce qui laisse Othello songeur sur l'infidélité de sa femme et du lieutenant Cassio... L'éloquence de lago causera des ravages. La tragédie de la jalousie y devient celle de la confiance trompée. Cette farce sanglante témoigne d'un effort admirable.

lago, considéré comme un génie du mal, est sans doute le personnage dont le rôle est le moins facile à jouer. Il commence par haïr et ce n'est qu'après qu'il semble découvrir les raisons de sa haine. lago, interprété par Zakariya Gouram, n'a donc aucune raison d'agir en premier lieu. Il monologue et profite de l'espace de façon à converser avec son public pour qu'il devienne complice. Le spectateur ne peut s'empêcher de sympathiser avec lui. Par contre, Othello, joué par Edouard Montoute, reste au milieu de la scène, et ne peut ainsi s'approcher du public. Emilia, interprétée par Laurence Haziza, semble participer au jeu de son mari. Elle reste très énigmatique. Desdémone, à la fois docile et obstinée, semble être le rayon de lumière de cette tragédie. Le manque d'érotisme et de sensualité de la comédienne Christel Willemez, peut conduire à une jalousie incomprise de lago. Son amour la conduira à sa perte ; et pourtant le langage envoûtant de lago efface quelques peu notre compassion pour elle. Les costumes, réalisés par Karim Bonnet, semblent être primaires. Le Maure de Venise est couvert d'un manteau-cape noir, Desdémone d'une robe blanche garnie de motifs tachistes, lago d'une combinaison en plastique noire et de son bonnet de laine... Il est bien dommage que le metteur en scène n'ait pas ajouté une pointe d'élégance de la noblesse anglaise du 16em siècle. Il rend ainsi la pièce plus banale, et soustrait une note shakespearienne à la tragédie. Daniel Manzana divertit la pièce par sa musique, et les acteurs se prennent pour les Beatles. Bref l'espace ovale, dénudé de tout, dissimule sous cet aspect de fête foraine, une fosse aux lions. La plateau n'est entouré que de quelques lampions qui délimitent l'étendue. La simplicité du décor et des costumes libèrent avec plus de sentiment les uniques mots de Shakespeare. L'écriture reste superposée à l'image. La parole, et la manière dont elle est émise dégagent énormément d'émotion.

Le comédien Gaëtan Kondzot présente pour l'une des premières fois, une mise en scène de Shakespeare. Ce jeune metteur en scène se révèle être l'un des meilleurs espoirs français. Pour leur première fois, la troupe apparaît à Bagnolet, pour finalement aboutir, par le simple hasard, à la Bastille. « C'est comme magique » s'émerveille Laurence Haziza (Emmilia).

Lors d'une rencontre avec les élèves du Lycée François 1er, Kondzot dévoile sa perception, et fait part de sa réflexion personnelle. Pour lui, cette tragédie « est l'exploration de l'âme humaine débarrassée d'exotisme ». Il choisit dès le départ, la traduction de Jean-Michel Deprats qui est claire et dynamique. Les comédiens sélectionnés l'étaient depuis longtemps. Une représentation précise de la tragédie est prévue depuis le début, grâce à l'aide de Muriel Bétancourt. Kondzot amplifie le coté festif, décadent, et n'hésite pas à juxtaposer d'une scène à l'autre des éléments tragiques et bouffons, tels que Shakespeare le souhaitait. Ce n'est pas pour autant que la tragédie se transforme en parodie. Kondzot met en jeu beaucoup de sentiments. Dans ce but, il a simplement estimé que seule « la langue est un spectacle ». Pour le metteur en scène, tout le monde joue, personne n'est tout à fait ce que l'on croit, et considère tous les personnages comme narcissiques « Il dépend de nous-mêmes d'être d'une façon ou d'une autre .Notre corps est notre jardin et notre volonté en est le jardinier ».

lago se montre peut être le plus honnête de tous, Othello et « son orgueil excessif», se conçoit « un monde utopique », Desdémone, si favorisée qu'elle ne désire que ce qu'elle ne peut pas obtenir, Emilia se comporte mystérieusement pour quelques raisons inconnues... Et contrairement à ce que l'on pourrait croire, lago n'a rien d'un diable. Ce haineux est peut-être simplement le côté noir d'Othello lui-même... Kondzot maintient pendant trois heures d'affilées, une pièce émouvante, désarmante et bouleversante, rien qu'en faisant résonner les mots. Cette adaptation se montre, malgré un décors trop primaire, remarquable pour sa dynamique et son pouvoir émotionnel. Malgré le sujet plutôt lourd, l'attention du spectateur reste intense. Kondzot a réalisé un travail aussi bien exceptionnel que bouleversant.

Dans toute cette histoire, c'est à se demander qui est vraiment le monstre : est-ce lago pour penser tout d'abord à ses propres intérêts ? est-ce Othello pour être aussi naïf ? est-ce Emilia pour ne pas avoir empêché son mari d'agir ? est-ce Desdémone pour ne pas avoir compris son époux ?. ou est-ce Kondzot pour tenter nous enlever nos idéologies, nos convictions? Serait- il possible que sous l'effet de simples mots, nous régissions de la sorte pour devenir des diables.





Source Externe : Théâtre de la Bastille (Lycée François 1er)


Inséré le : 14/05/2003 00:00