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Etre ou paraître, là est la question.
La tragédie d'Othello.
Un accord de guitare, lever de lampions : la pièce commence au rythme de la musique. Le public est disposé de façon circulaire. Au centre, lago, "Monsieur Déloyal", révèle des monstres. Il crée la trame du drame infâme qui se joue sous nos yeux. À partir de la chute du mouchoir qu'Othello a offert à sa femme, tous les personnages sont en sursis. Tac, tac, tac... c'est le son de la musique flamenco, qui se fait violente, ou bien de la minuterie qui se met en marche, lago met en scène cet objet extrêmement léger, apparemment inoffensif, avec lequel on va pouvoir écrire une grande tragédie. Il fait naître la jalousie dans le noble cœur d'Othello, l'idéaliste qui croit que les hommes sont ce qu'ils paraissent. lago nihiliste se délecte de la liberté absolue dans le mal au-delà du jugement. Face à lui, Othello et Desdémona n'ont aucune chance. Araignée machiavélique, il transforme ses proies en bêtes : «Je changerai la vertu de Desdémona en glu. De sa bonté je ferai le filet qui les enserrera tous. [...] Une toile d'araignée aussi mince me suffira pour attraper cette grosse mouche de Cassio. [...] J'abuserai le Maure sur son compte et je me ferai remercier, aimer et récompenser par le Maure, pour avoir fait de lui un âne insigne et avoir altéré son repos et sa confiance jusqu'à la folie.» La pure Desdémona devient démon aux yeux de son mari. Elle, chante la chanson du saule,"the weeping willow", le saule pleureur, la veuve éplorée : Othello, dont le cœur est changé en pierre, est plus mort que vif. Emilia, femme de Iago, qui devine ce qui se passe, pourrait sauver la situation, mais se tait jusqu'à ce qu'il soit trop tard. Heureusement, car sinon, la pièce serait finie.
Servie par des comédiens talentueux qui donnent envie de faire du théâtre, la pièce de Shakespeare nous touche particulièrement, bien qu'une partie des valeurs qui l'animent soient passées de mode. Le geste d'Emilia ramassant le mouchoir fatal respire la grâce. La musique de Daniel Manzanas sait reculer pour laisser la place aux personnages, et réapparaître au bon moment, lancinante, envoûtante. Desdémona et Emilia chantent, Cassio dit un poème en allemand, et, autre fantaisie de la mise en scène, lago chante « Baby you can drive my car » (au lieu de : « Et faites-moi trinquer la cannette »). À ce moment, Cassio s'écrie : « -Voilà une excellente chanson ! » et lago répond : « -Je l'ai apprise en Angleterre... » . Le pari de Gaëtan Kondzot est de rendre la pièce audible et vivante. Il le relève très bien. Quand lago parle au public, le public est pris à parti. On se demande pourquoi le public ne vient pas sur scène, lui qui voit tout, qui sait tout, secourir Othello et Desdémona. En fait, le public est fasciné lui aussi, par le sens de la manipulation de lago.
Pour Gaëtan Kondzot : «La mise en scène est un défi permanent.» Il cite Peter Brook : «.Pour monter une pièce de Shakespeare, il faut attendre que les acteurs soient capables de raconter cette histoire, grâce à ce qu'ils ont vécu. » II a choisi une mise en scène épurée, avec un seul accessoire : le fameux mouchoir, et pour tout décor un échafaudage. « La tragédie d'Othello : une pièce de chambre. » Elle se joue sur quelques mètres carrés. De Venise, nous allons à Chypre, jusque dans la chambre des époux. Les lieux et l'espace extérieur existent par la parole. « La langue de Shakespeare est très métaphorique, très imagée. On demande au spectateur d'avoir de l'imagination : est-ce qu' on raconte la réalité ? » et ça marche ! On voit l'épée d'Othello, le lit nuptial, les lettres de Venise. Par contre, si la mise en scène est minimaliste, pourquoi ces costumes coûteux et sans intérêt ? Sinon, il n'y a rien à redire. Même si beaucoup de critiques sont sévères concernant cette mise en scène, le public a réagi et un tonnerre d'applaudissements a retenti à la fin du spectacle. À ne pas manquer !
Claire Schirmeyer
Source Texte : Théâtre de la Bastille (Lycée françois 1er)
Genre : atelier
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : William SHAKESPEARE (auteur), Gaëtan KONDZOT (Metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com
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