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Gaëtan Kondzot : un Othello décapant au théâtre de la Bastille
La tragédie d'Othello
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Gaëtan KONDZOT Metteur en scène
William SHAKESPEARE auteur
Texte : C'est, dans cette petite salle du théâtre de la Bastille, un événement qui se produit : une qualité d'écoute rarement égalée se répand dans la salle. La scène se fait une toile où le grand maître, servi par une troupe que la finesse et le souci de l'originel guident vers le plus pur de l'interprétation, nous dépeint l'homme, ses sursauts, ses torsions et ses contradictions. Où lago, notre double au plus sombre de son inhumanité, tisse du sinueux fil de ses mots la toile qui va étouffer l'amour, puis la vie. Où Desdémone et Othello, ces héros apparemment hors du commun se trouvent happés dans le mécanisme étriqué des fausses relations humaines.
« C'est l'exploration de l'âme humaine débarrassée d'exotisme » annonce Kondzot ; d'où l'élaboration d'une pièce réduite à son état pur. L'énigme, débarrassée de toute scène annexe, est d'autant plus poignante :
explique Kondzot, il était nécessaire de couper certaines scènes pour avoir un rythme plus rapide et efficace. » La mise en scène dénuée de tout décor, de tout objet ; « Mettre en scène Shakespeare(...), c 'est admettre « l'inacceptable », ne pas tout dire du texte que l'on joue. » explique Muriel Bétrancourt, responsable de la scénographie. « L'espace sera le plus dépouillé, une mise en scène épurée de tout accessoire, les pieds nus. Ne laisser voir et entendre que l'essentiel de l'acte théâtral : l'acteur, le texte et le public. »
Pour cette mise en scène d'Othello, Gaëtan Kondzot a choisi de renouer avec ses sources : une scène ronde, à l'image des théâtres élisabéthains, où les entrées se faisaient par les côtés, et la plus grande partie du public se trouvait au bord de la scène, à proximité des acteurs. « Pour les dramaturges profondément baroques, il n 'y a pas de frontière entre le théâtre et le monde. Si le monde est pour eux un théâtre, ils conçoivent la scène comme le théâtre du monde. » dit Marie Claude Hubert dans son Histoire du Théâtre Baroque. « Les spectateurs entourant l'aire de jeu sur trois côtés, une complicité s'établit aisément entre les comédiens et le public. » De même, comme au temps de Shakespeare, où « les musiciens faisaient partie intégrante du jeu », un musicien, le fameux Daniel Manzana, guitariste aux doigts d'araignée, par son jeu enfiévré de flamenco non seulement accompagne mais, selon les scènes, enrobe, mène, amène ou souligne le jeu des acteurs. « C 'est un autre texte qui vient s'ajouter au notre », commente Benoît Bellal (le Duc), repris par sa collègue Laurence Haziza (le personnage d'Emilia) : « c'est un élément complémentaire formidable. ». Pour Gaëtan Kondzot, la musique flamenca était un moyen de « retrouver les vibrations de chaque personnage ». «On retrouve les sentiments du flamenco dans Othello... »
En effet, le doute, la sensualité, la haine, et plus que tout, la jalousie, sont des terrains d'entente entre cette musique et la pièce. Jalousie engendrant folie, folie donnant lieu au crime. Et tout cela issu de l'esprit torturé d'un seul être, lago.
lago... ce personnage au cœur constitué d'un nœud de haine et de besoin de destruction.. On a peine à croire à l'existence d'un tel concentré de passions aigries. Et pourtant c'est peut-être le personnage de la pièce le plus proche de nous, avec son jeu sensuel et son costume de cuir noir, qui tantôt l'enveloppe, tantôt l'étouffe, à l'image du rôle d'humain qu'il s'est lui-même assigné. La dimension cathartique du personnage n'est pas négligeable. « lago nous touche », dit un spectateur ; « il est le seul personnage qui s'adresse au public », souligne Kondzot, justifiant ainsi le choix du costume anachronique que porte Kakariya Gouram.
Sa quête, « travail d'un Sisyphe évidemment en enfer », comme l'illustre justement Yves Bonnefoy, est de nuire au point de faire chuter de leur piédestal les bienheureux, qui ne sauraient cadrer avec sa vision noire de la vie et de la nature profonde des hommes. Notre pièce se déroule au fur et à mesure que lui improvise son plan d'action et en déroule le fil. Et nous, spectateurs, nous trouvons le souffle suspendu devant cette chute inexorable, comme vers le fond d'un puits où nous pourrons ensuite contempler notre propre reflet.
J.D
Source Externe : Théâtre de la Bastille (Lycée François 1er)
Inséré le : 14/05/2003 00:00