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Déshabillages Jean-Michel Rabeux
Déshabillages
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Jean-Michel Rabeux Metteur en scène
Texte : Revue de cabaret tout en outrance et en interdits,
Déshabillages est une transgression permanente. Amusante ?
Déshabillages, c'est une revue de cabaret tout en outrance et en interdits. Sur la scène du théâtre de la Bastille, des ladies (lady dascalie, lady commandements...) dont un marin-roi-travesti et une queen qui confond l'amour et la mort. Mais aussi des numéros, des danses, du cor, de l'accordéon, des plumes, des nus et du sang... Dans le public, raillé et malmené, des rires, francs, bon enfant, jaunes et gênés souvent. D'emblée le spectateur est menacé de mort. Faute d'une mort impossible en raison des conventions théâtrales, les personnages suggèrent de le tuer de dégoût. Pourtant l'on rit.
Non cela ne se fait pas de faire mourir tout le monde comme ça, sur scène ou dans la salle. Pas plus que cela ne se fait de déshabiller les comédiens et d'en faire une sorte de jouissance scénique indécente et délicieuse. Et la règle de bienséance ? Eh bien l'indécence est tout simplement le credo de
Déshabillages. Comme le disent les ladies dans le chant, passage obligé du cabaret,
"c'est pas leur peau les filles qu'elles déshabillent".
Ici le théâtre se joue, se voit jouer, se joue de lui-même. On est en plein mélange des genres et la pièce puise un peu dans la farce, le grotesque, l'opéra bouffe, l'ubuesque et le tragi-comique. Et peut-être surtout dans le tragique tout court.
La pièce est un hymne au théâtre dans le théâtre et la mise en abîme est constante. Les
personnages commentent leur statut de personnages, notamment lorsqu'ils ressuscitent sur les planches comme chaque soir, montrent les codes, parodient les grandes répliques, les grandes mises en scène, s'adressent au public pour se moquer du spectateur type qui sommeille en chacun de nous, etc. On se situe de manière claire dans le spectaculaire et dans le dérisoire :
"Le théâtre est un parloir d'apoplectique", lance une des ladies. Avec des jeux de mots grossiers, et la gravité grinçante du personnage de lady-lady qui joue le rôle du chœur, avec la montée dramatique de rigueur, avec le dionysiaque et le cruel, le ton vacille sans cesse. Le guillotiné, l'amputée, le crucifié, les "putes" ou l'extatique amusent cyniquement. Tout va en s'aggravant. L'excès dérange de plus en plus. La pièce va loin et plus les comédiens en font, plus ils poussent le spectateur dans ses retranchements. Il devient même parfois un peu difficile de rester de marbre face à une jouissance schizophrène. La prestation des comédiens est exemplaire : nus comme des vers, ils rivalisent de talent, agiles et versatiles, outranciers et jouisseurs. Et cette nudité qu'on se prend de plein fouet est assez brutale. Jamais vulgaire, mais profondément crue.
"Elles déshabillent l'homme, les filles, jusqu'au démon. Elles déshabillent l'âme les filles, jusqu'aux bas-fonds". Dès lors, plus de doutes,
Déshabillages mérite bien son pluriel. Si le spectacle dénude les personnages, il dévoile aussi les rouages du théâtre et met surtout à nu l'être humain face a lui, assis et qui applaudit à la fin du spectacle effrayant de sa propre nature.
Source Externe : L'oeil Culturel 19 mars 2003
Inséré le : 15/04/2003 00:00