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Evgueni Grichkovets tous pour un et un pour tous.


Comment j'ai mangé du chien






Repéré par le festival Passages à Nancy en 2001, l'auteur metteur en scène interprète russe, Evguéni Grichkovets arrive sur les scènes parisiennes. Deux de ses spectacles sont proposés au Théâtre de la Bastille. L'occasion de découvrir la volubilité monomaniaque d'un artiste fabulateur et bonimenteur que certains n'hésitent pas à qualifier de génie.

Il sait tout faire, cet homme : écrire, mettre en scène, jouer. Amuser, émouvoir, agacer. Soliloquer sans fin sur les planches de théâtre puis se taire longuement pour agiter en vain sous le regard indifférent d'une jeune femme, un objet aussi dérisoire qu'une branche d'arbre. Il y a du clown triste chez ce jeune Russe de 36 ans, né en Sibérie, et qui vit désormais à Kaliningrad, loin de l'agitation moscovite.
Découvert en France à l'occasion du Festival Passage à la Manufacture de Nancy en 2001, il compte à son actif plusieurs spectacles abondamment présentés en Russie. A mi-chemin entre un Philippe Caubère version light et un Woody Allen qui serait passé à l'Est, Evguéni Grichkovets propose un jeu qui n'appartient qu'à lui. Ses spectacles sont d'ailleurs annoncés comme des « monospeclacles » ! Avec Planète, présenté la saison passée par le Festival d'Avignon, il ouvrait pour la première fois la scène à la présence -muette...- d'une actrice. Mais sa venue au Théâtre de la Bastille, grâce à deux monologues, Comment j'ai mangé du chien et En même temps, reprend le droit fil d'une solitude qui le labellise. Ainsi, seul à interpréter, il creuse le sillon de one-man shows légèrement décalés, qui oscillent entre anecdotes et généralités, confidences et interpellations au public.
Evguéni Grichkovets trouve, avec le théâtre, le prolongement naturel et quasi évident d'une écriture qui a besoin d'une écoute pour se définir et se clore. Il part à la recherche d'émotions enfouies de souvenirs communs. Il traque la connivence, cultive la complicité. Il cherche un écho à ses propres névroses, entrelace l'intime et le collectif, tricote entre urgence et fatuité. Parfois, il improvise. Le plus souvent, il joue la maladresse. C'est sa marque de fabrique. De son corps sec et nerveux, il arpente en long, en large et en travers des plateaux biscornus, accidentés, parsemés d'un bric-à-brac enfantin.
Comme un gamin facétieux qui n'aurait pas renoncé à ses rêves, Grichkovets s'exhibe sur les planches et donne à voir, dans un grand écart permanent qui bascule du cocasse jusqu'au plus grand sérieux, son moi souffreteux, son ego meurtri, sa contemplation parfois naïve mais toujours sensible d'un monde qui ne cesse de ravitailler sa logorrhée. Inclassable, le trublion n'aime d'ailleurs pas les définitions qui le rangeraient, ici ou là, dans des cases précises. Il est tout à la fois : lui, les autres, le public, la Russie. Un monde en soi, rien de moins, qui par le petit bout de la lorgnette, donne à voir une iconoclaste cosmogonie.

Joëlle Gayot





Source Texte : Théâtres decembre 2002 janvier 2003

Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Evguéni GRICHKOVETS (acteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com

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