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Claude Degliame aime les alcools forts.
Déshabillages.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Jean-Michel Rabeux Metteur en scène
Texte : Ordonnatrice des réjouissances, maîtresse âpre et joueuse, la comédienne illumine dans
Déshabillages (comédie mortelle), un nouveau spectacle inspiré du cabaret, signé Jean-Michel Rabeux.
Cela pourrait commencer par des roulements de tambour soutenus : "Attention, Mesdames et Messieurs ! Vous allez voir..." Mais heureusement, rien de cela. Si
Déshabillages (comédie mortelle), le nouveau spectacle de Jean-Michel Rabeux, emprunte au cabaret, ce n'est pas dans un esprit d'imitation. Certes, il y a des filles nues, des numéros et même un escalier que l'on descend sur des talons hauts, mais le cérémonial auquel est convié le spectateur met en jeu l'inépuisable machinerie du désir, de l'érotisme et de la mort. De Dieu, René Crevel, l'écrivain surréaliste défenseur de la liberté sexuelle, disait : "Il est celui qui ne bande pas, qui décide les plus fiers bandeurs à ne plus bander". Les ladies qui dévoilent leurs chairs dans
Déshabillage rencontrent des dieux mais, précise Rabeux, "il s'agit des anciens dieux, ceux qui bandaient." Le corps, la chair, la peau, les sens, l'érotisme et son insondable mystère qui crève les yeux s'offre ici une comédie sur fond de nuit, une comédie claire-obscure, légère et très sérieuse. Sérieuse comme le désir. "On est méchantes ! On est méchantes !", s'exclame l'une. Tandis qu'une autre soupire : "J'en ai marre des grands grotesques qui courent après leur queue..."
Au centre de ce cérémonial peuplé d'allégories où initiation et dérision se donnent la main, une Queen. Ordonnatrice des réjouissances, maîtresse âpre et joueuse, elle est interprétée par la comédienne Claude Degliame.
"On parle de choses graves, donc il faut que cela soit sérieux. Mais on n'oublie jamais que c'est du théâtre. Même s'il est impur. Comme on l'aime", analyse-t-elle. Familière du travail de Jean-Michel Rabeux, Claude Degliame est à elle seule une présence. D'un mot, d'un geste, elle est le théâtre. Une apparence qui n'a en fait rien d'évident.
"C'est quelque chose qu'il faut aller cherche loin en soi-même, pour être singulier, pour être présent et juste par rapport à cette chose profonde, mystérieuse, qui se joue. C'est tellement grave que c'en est drôle. C'est comme la mort." On meurt beaucoup, sur scène – et tout particulièrement dans
Déshabillages, où l'on va jusqu'à orchestrer la mort du public.
Grande comédienne tragique, Claude Degliame en connaît un bout sur ce qui est de mourir au théâtre. C'est Claude Régy qui le premier lui offrit des rôles à sa mesure, avec
Les Gens déraisonnables sont en voie de disparition de Peter Handke ou
La Trilogie du revoir de Botho Strauss.
"Au début, je n'étais pas à la mode. Mais surtout, je ne voulais pas faire n'importe quoi. La vie est dure, mais je choisis toujours. Par exemple, j'ai choisi de ne pas être une vedette. Il faut trouver le lieu où l'on est le moins mal possible."Avec Antoine Vitez, Jacques Lassalle, Bruno Bayen, Olivier Py et bien sûr Jean-Michel Rabeux dont elle est l'actrice fétiche, Claude Degliame a trouvé cet espace où déployer son art, loin de la tiédeur et de la facilité, préférant les alcools forts.
"J'aime les choses qui secouent. Sinon, cela ne vaut pas la peine. Ce qui m'intéresse, c'est quand ça part de l'humain pour aller vers un autre humain. Ça part du désespoir et là, tout est permis, toutes les joies. De toute façon, on le sait : rien ne sert à rien. On est comme des taupes. Et s'il n'y avait pas des gens qui font ce genre de théâtre pour nous réveiller, alors le monde serait foutu."Hugues Le Tanneur
Source Externe : Aden du 5 au 11 mars 2003
Inséré le : 06/03/2003 00:00