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Publié dans L'Humanité du 10 au 14 Février 2003
Lundi 10 février 2003 : La question des intermittents du spectacle est trop sérieuse pour que je ne commence pas cette semaine par là. Ni les bonnes intentions des uns ni les mauvaises du MEDEF ne permettront d'en sortir. Il faut, je crois, veiller à ce que la technicité du problème soit analysée dans une perspective politique et non seulement comptable. Le déficit du régime couvre une grave question d'art et de culture. Entendons que la réelle porosité des annexes 8 et 10 nécessite des réponses.
Quel est le rapport de forces ? Du côté du MEDEF, on entend surtout l'excès des qualificatifs et la volonté d'annulation pure et simple du régime. De l'autre, j'observe une division. Certains veulent la conservation en l'état (" soyons réalistes, demandons l'impossible ") : le directeur de théâtre que je suis sait que c'est une cause perdue. D'autres voudraient se saisir de la crise pour promouvoir un état permanent de l'emploi artistique : mon expérience comme d'ailleurs l'histoire du théâtre français démontrent que c'est un mauvais combat, sans réalité économique, sans résultat artistique. D'autres encore (dont les rapporteurs du texte remis au ministre de la Culture) semblent attirés par une réforme d'inspiration libérale qui risquerait d'appauvrir les plus pauvres et de bénéficier aux mieux lotis. Prenons garde en effet de ne pas être victimes des clichés : ce régime n'indemnise pas des " privilégiés ". Bien au contraire, un pourcentage très important d'intermittents ont des ressources annuelles inférieures à celles d'un smicard.
Que faire ? Exiger de l'Etat qu'il comble le déficit et s'engage à le maintenir équilibré sans réforme ? C'est faire fi des abus réels dont est victime le régime et, à ce titre, difficilement négociable. En revanche, lui demander d'apurer les comptes contre une réforme équilibrée, cela, à mes yeux, rendrait à chacun un élan.
Que serait une réforme équilibrée ? D'abord que le principe (républicain) de solidarité soit maintenu. Ensuite étudier une extension de cette solidarité à l'ensemble du métier : pourquoi les permanents du spectacle ne pourraient-ils pas cotiser au même régime ? Enfin, ce n'est pas le plus simple, faire en sorte que le régime soit rendu à ceux pour lesquels il a été créé, artistes et techniciens du spectacle, des arts et de la culture. Aujourd'hui, les télévisions, les radios, les parcs de loisirs et d'autres encore abusent d'un système qu'ils contribuent largement à faire exploser. Que les employeurs de l'industrie du spectacle assument leurs responsabilités, c'est la moindre des honnêtetés.
Un pays qui abandonne son indépendance culturelle (la fameuse " exception ") est destiné à une forme triste d'asservissement. Cette dépendance honteuse au seul commerce est déjà suffisamment engagée pour qu'il soit inutile de l'encourager.
Aucun homme, aucune femme ne peut être réduit à son seul état de consommateur, avalant sous la pression d'intérêts économiques puissants des produits " culturels " frelatés et à vocation massifiante.
Et je ne crains pas d'affirmer que cette moderne tyrannie détruit l'héritage et l'espoir démocratiques.
JeanMarie Hordé
Source Texte : L'Humanité semaine du 10 au 14 février 2003
Genre : édito
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Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com
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