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Quand l'atroce s'esquive
"L'Homosexuel ou la difficulté de s'exprimer" de Copi
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
COPI auteur
Jean-Michel Rabeux Metteur en scène
Texte : Tout commence par une chanson qui s'épuise. Un refrain que ceux qui entrent en scène tentent de ranimer. Tout est blanc, comme dans une salle d'eau où faute de moyens, les carreaux les moins chers ont été posés. Puis, comme un décor qui tiendrait dans une boulle, on le retourne et les particules de neige tombent sur l'estrade toute de blanc vêtue. Tout est blanc. Intégralement. Du sol aux costumes, de l'histoire aux rêves, des plaines de Sibérie à la neige de papier. Et ils sont là, tous, tentant de lécher leurs blessures, de trouver où épancher leurs désarrois, de se ressouder sans y croire. L'harmonie a été rompue, souvent avec violence et les protagonistes hurlent autour d'Irina leur innocence perdue. L'innocence : l'enfance conservée où la question ne se pose pas. Quelle est donc cette question ? Tout simplement celle du : qui suis-je ,dans ce masculin, ce féminin, ces bizarreries multiples qui nous composent ? Harmonie ou discorde, on tombe malade quand les alliances des deux mondes sont rompues. Les personnages souffrent tous : ils sont amputés ou greffés, ou dans l'attente désespérée de la greffe ou de l'amputation salvatrice. Elle se présente à eux, Irina, à la fois pute et vierge, sale et éternellement absente dans le corps de celle que rien ne touche. Elle reste pure, même dans la merde dans laquelle elle se roule, sans plus d‘émois que pour un bain anodin dans des dentelles de prix. Elle se blesse, se brise, se glisse des souris dans l'anus puis pleure, saigne, jusqu'au moment où on lui intime l'ordre d'arrêter, de cesser d'inonder le plateau de la confiture de ses artères. A ce moment là le doute s'instaure : nous sommes à la limite des deux mondes. Resterons-nous dans le rire grinçant, ou basculerons nous dans l'horreur ? Le choix est fait. Le rire demeurera. Facile. Nous n'entendrons pas le chant atroce et ravageur, où l'homme distille son monstrueux. Dommage, le chant des lettres est préféré au chant de l'être. Parfaitement joués les cris de « Gouinasse » s'hystérisent, les couilles s'agitent...Comme Maldoror, malgré mes efforts à me fendre les lèvres, je m'aperçus, que je ne riais pas. Le monstre convoqué est tenu à distance, je ne le verrai pas : ennui.
C.P
Source Externe : Théâtre de la Bastille (Atelier d'écriture)
Inséré le : 04/03/2003 00:00