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Costaud Copi.

"L'homosexuel ou la difficulté de s'exprimer" de Copi.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

COPI auteur
Jean-Michel Rabeux Metteur en scène

Texte : Deux œuvres drôlement macabres de l'argentin à Paris.

« L'Homosexuel ou la difficulté de s'exprimer » a beau être une œuvre assez ancienne (1971), la distribution reste encore incertaine. Prenez cette digne mère, qui engonce son embonpoint dans un strict tailleur blanc, pourquoi a-t-on choisi pour l'incarner le comédien (excellent Michel Fau), dont les attributs virils sont sans conteste les plus redondants de la scène française? Et sa fille (Céline Milliat-Baumgartner), est-ce la sienne? Allez savoir : les liens de parenté, quoique charnels, sont on ne peut plus distendus, d'ailleurs c'est un garçon. Elle en donnera la preuve irréfutable (factice cette fois, on est au théâtre quand même). Et ne parlons pas de sa professeur de piano, madame Garbo (Claude Degliame), on a plus que des doutes sur son genre. Bref, la situation est confuse dans la pièce de l'Argentin Copi, créateur de la fabuleuse dame assise qui posa longtemps sa chaise et ses interrogations aberrantes dans les pages du Nouvel Observateur, mais homme de théâtre surtout, mort du sida en décembre 1987.

Carré blanc. Jean-Michel Rabeux, dont le travail n'a pourtant rien à voir avec la dentelle de Bruges, a suivi au petit point un canevas scabreux. Seule concession à la pureté, une scène en grand carré blanc, ring en surplomb du public. Une voilette de tulle fait office de rideau, délicatement détaché par un grand officier cosaque monté sur des talons aiguilles qui chantonne un tango crispé. Résumé d'une intrigue à géométrie variable : dans une isba d'un goulag sibérien, tandis que dehors tombe la neige et hurlent les loups, Madre (la soit-disant mère) et madame Garbo (la prétendue professeur de piano), se disputent les faveurs fantasques d'Irina, gamine bien membré (e) mais butée et rétive au solfège, et qui, pour ne rien arranger, refuse de manger sa soupe. Elle préfère sécher ses cours et s'offrir, de cinq à sept, à la concupiscence des mâles du voisinage, sur un lit de papier journal. De quoi se retrouver grosse d'un enfant dont on serait bien en peine de trouver l'ascendance (peut-être sa mère est-elle le père) qui sera expulsé bien avant terme et sous nos yeux. On peut fuir cette prison : Pouchkine et Garbenko, militaires à la sensibilité de jeune fille, proposent de conduire les fugitifs en traîneau à chiens jusqu'à la gare du transsibérien. Mais l'ailleurs ne vaut guère mieux que l'ici : « Si on nous chasse de la Sibérie, est-ce que tu sais où on va finir ? »
Cette fantasmagorie où rôde un prémonitoire virus des steppes, plonge en toute candeur et drôlerie dans le sang, le vomi et la merde. Il y a quelque chose d'enfantin dans cette jubilation scatologique et dans une construction en surenchère façon discussion de cours de récré. S'il fallait des sources plus mûres, elles se situeraient chez Artaud (qui aurait lu Feydeau), pour une cruauté dégoulinant bien au-delà de la scène, dans la filiation de Genet pour ses constantes transgressions, voire du côté du Nô pour ses hommes grimés en femmes. Rien de pesant dans la mise en scène de Jean-Michel Rabeux, qui a pris le parti de ne rien éluder et laisse à ses comédiens et comédiennes une liberté dont ils abusent de bon cœur et à bon escient.








Source Externe : Libération jeudi 4 octobre 2001


Inséré le : 04/03/2003 00:00