Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Vêtir ceux qui sont nus Présentation
Vêtir ceux qui sont nus
Vêtir ceux qui sont nus de Luigi Pirandello mise en scène de Gustavo Frigerio
Ne plus avoir conscience d'être,
comme une pierre, comme une plante :
ne plus se rappeler même son propre nom,
vivre pour vivre : sans savoir que l'on vit
Pirandello
Il y a dans toute la dramaturgie de Pirandello un conflit qui m'appartient : vouloir tout comprendre pour tout maîtriser. Mais l'excès de raisonnement touche à la folie et la folie est fille de la passion. Ce conflit tragique souvent inhibe l'émotion et rend la vie froide et rigide ; à l'exception des rares moments de ravissement dans lesquels l'exaltation de l'amour réunit pensée et passion.
On a souvent attribué à Pirandello plutôt le côté raisonneur et philosophe. Je voudrais lui rendre son côté d'homme fasciné par le pouvoir de l'élan vital. La vie, seulement la vie compte.
"Vivre pour vivre : sans savoir que l'on vit". C'est son cri le plus profond. C'est à cause de ça qu'il nous parle de tout ce qui empêche cette fluidité de la vie : l'identité avant tout, les formes sociales, les rôles, les pouvoirs. être totalement nu devant l'autre devient alors insupportable, il faut s'habiller à tout prix. Même au prix de la vie. C'est l'histoire qu'il raconte dans Vêtir ceux qui sont nus.
Dans cette pièce à mon avis la plus féroce de Pirandello, l'empire des sens s'impose sur tout et sur tout le monde sans aucune pitié. Il y en a qui pensent se sauver dans les formes en sacrifiant l'amour. Ce sont les hommes. La femme, elle, sacrifie sa propre vie en essayant de s'approprier une identité fictive pour faire plaisir. Il y a de quoi mettre en place un vrai combat de chiens, entre un troupeau de mâles et la seule femelle. Chacun la voudrait pour soi et la tire vers soi, et en faisant ça, ils la déchirent en mille morceaux.
Affrontements, poursuites, abandons, chutes, élévations. Une danse rapide et cruelle, dans un univers glauque où les corps resplendissent de souffrance et de beauté.
L'amour est plus froid que la mort ? Une façon de rendre hommage à Fassbinder, grâce à Pirandello.
Gustavo Frigerio
Je suis convaincu qu'il est encore possible de découvrir de nouveaux aspects des textes de Pirandello bien qu'ils aient été montés énormément. Il m'apparaît nécessaire de nettoyer la mise en scène de ses textes de tous les préjugés idéologiques qui l'ont polluée jusqu'à présent.
Le cynisme, le doute, l'absence de valeurs qui caractérisent notre époque suggèrent aujourd'hui une approche plus pragmatique et peuvent permettre de dévoiler certaines intuitions de Pirandello qui en font notre contemporain.
Je ne voudrais pas faire de comparaison facile entre le début du siècle passé et celui-ci, mais on ne peut s'empêcher de constater que l'égarement de l'homme de Pirandello dans un monde des signes fragiles et confus, où la distinction entre vrai et faux est très faible, est encore pour nous très riche de signification.
Je m'intéresserai aux stratégies que l'homme peut mettre en place pour se sauver lui-même face à cet écroulement.
Dans cette perspective, la dialectique raison/passion, présente dans toute l'oeuvre de Pirandello, me semble occuper une position très importante.
On a souvent accusé Pirandello d'être trop cérébral, mais il me semble, au contraire, que la conscience et la réflexion des personnages donnent feu aux passions et je pense aussi que la croûte froide cache un centre incandescent.
Le personnage n'est pas l'objet d'un exercice philosophique imposé de l'extérieur ; il assume au contraire totalement sa propre pensée, il vit avec elle, parce qu'il s'identifie avec sa souffrance (Macchia).
Pour rendre cette présence, il est donc important de rester collé à ce que les mots disent et oublier les très précieuses didascalies, auxquelles Pirandello donnait tant d'importance.
Il ne s'agit pas d'inventer ou d'ajouter, tout est déjà écrit dans la langue très physique de Pirandello, une langue pleine d'interruptions, de suspensions, d'incertitudes, de ruptures qui créent une rythmique très précise.
Toute la mise en scène va dépendre de cette rythmique et de sa dynamique musicale, il n'y aura pas d'autre musique, mais une partition précise composée de petits gestes, mouvements des têtes et des mains, grandes poursuites et courses. Aérer la fameuse “prison” et ouvrir la “salle des tortures” ; introduire un tourbillon d'énergies dans l'immobilité à laquelle on nous a accoutumés et déplacer la claustrophobie dans l'espace du corps et de la tête.
Gustavo Frigerio
Source Texte : Théâtre de la Bastille
Genre : texte d'artiste
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Luigi PIRANDELLO (auteur), Gustavo FRIGERIO (Metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com
A voir :