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La tragédie d'Othello
La tragédie d'Othello
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Gaëtan KONDZOT Metteur en scène
William SHAKESPEARE auteur
Texte : La nature humaine reste la même, peu importe l'être, sa couleur, son époque. Gaëtan Kondzot dirige Edouard Montoute. Dans Othello, un individu manipule à son gré le héros shakespearien. Le rideau tombe comme un couperet.
Les deux artistes s'expriment sur Shakespeare en général, la pièce en particulier et sur leur métier, en toute simplicité.
Est-ce que les pièces de Shakespeare font partie de celles que les artistes préfèrent à cause des défis à relever ?Gaëtan Kondzot : C'est plein de pièges pour la mise en scène. Ça nous amène à travailler en profondeur la scène et les mots.
Edouard Montoute : Quand on marche dans les pas d'Othello, on sait que plusieurs y sont passés, on a un peu peur d'être comparés aux autres.
Gaëtan parlait de la place du metteur en scène par rapport aux mots. Comment est-ce qu'il vous a dirigé ?E.M : Gaëtan a pour habitude de dire que c'est un texte à proférer. Il y a certains passages où il faut du lyrisme ; j'essaie de m'en départir mais le texte nous dépasse.
G.K : II faut laisser une part de mystère et faire en sorte que la parole nous atteigne.
Gaëtan, vous dites que la pièce est une réflexion sur la nature humaine, mais ne pensez-vous pas qu'a certains moments Othello apparaisse comme le singe savant ?G.K : Brabantio amène Othello pour amuser la galerie mais je crois que la rencontre avec Desdemona va au-delà, de la différence.
E.M : A mon avis on allait chez Brabantio écouter Othello parler comme on allait aux zoos humains. La question est de savoir quels sont les zoos humains aujourd'hui ? Qu'est-ce qui rend Othello actuel ? Le véritable racisme à cette époque était religieux, c'est pareil actuellement. Ça ne veux pas dire pour autant que le racisme n'existe pas.
G.K : II est aussi question de l'assimilation mais on se perd à vouloir s'assimiler.
Est-ce que ce plaisir de jouer ne vient pas du fait d'évoluer dans un domaine où peu de Noirs sont reconnus ?G.K : C'est complexe mais il ne faut pas se voiler la face.
E.M : Je ne vois pas de récompense ; chaque rôle est une récompense. J'ai comparé le nombre de films que les Américains ont fait sur la guerre du Vietnam et les Français sur l'Algérie.... Les Français n'ont pas encore réglé leurs problèmes avec les Algériens et les Maghrébins donc nous, nous passerons bien après.
Est-ce que vous n'aimeriez pas mettre en scène des comédiens Noirs dans des rôles de personnages blancs ?G.K : II ne faut pas tomber dans le piège de mettre des comédiens noirs simplement pour voir des noirs. Je rencontre des personnes de toutes origines, c'est donc normal que ces comédiens soient sur scène. Il y a un manque de réalisme chez les auteurs et les scénaristes. Regardez qui vous croisez dans la rue à Paris et voyez qui est au théâtre ou sur les écrans.
E.M : Maintenant, qu'est-ce qui m'intéresserait ? D'avoir un rôle parce que c'est un rôle de noir - qu'est-ce qu'un rôle de noir ? - ou bien d'avoir les rôles de tout le monde ? Les deux choses me plaisent assez. Vous savez quelle est la phrase qu'un comédien Black entend le plus ? C'est : " Ça va venir. "
G.K : Lorsqu'on verra au cinéma autant de mauvais acteurs noirs que de mauvais acteurs blancs, peut-être que l'égalité sera là.
Propos recueillis par Alice Hithambo
Source Externe : Citéblack Paris 27 janvier 2003
Inséré le : 12/02/2003 00:00