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Questions d'atmosphère
Tracteur
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Irène Bonnaud Metteur en scène
Heiner Müller auteur
Texte : Il arrive, au théâtre, que l'on saisisse au premier regard ce qu'il y a de personnel, d'original dans la manière d'un artiste. On ne connaissait pas Irène Bonnaud traductrice de plusieurs textes de l'Allemand Heiner Müller, et, en pénétrant dans la petite salle du théâtre de la Bastille, on sait immédiatement que quelque chose, là, va se passer que l'on n'oubliera pas.
Pour sa première mise en scène, elle choisit
Tracteur,.fable qui jette une poignée de paysans soviétiques autour d'un champ miné par les armées hitlériennes dans leur reflux. Que faire quand la famine extermine aussi sûrement que la guerre ? Il y a une simplicité brechtienne dans ce questionnement avec figure de l'individu isolé, le tractoriste (François Chattot). et chœur à configuration variable (Dan Artus, Sophie-Aude Picon, Volodia Serre, Nanténé Traoré). Irène Bonnaud s'appuie sur une scénographie puissante et singulière de Claire Le Gal. avec ce champ aux allures de matelas ou de radeau, traité comme une pièce plastique, marionnettes à visage façonné et corps en sac-poubelle gris et bruissant en dialogue liminaire avec les acteurs avant de remonter
aux cintres, armée silencieuse des morts surplombant l'espace de jeu, révélation de ce qui est sous terre avec les mines menaçantes. Dans un coin, un tableau fluo, note contemporaine, éclaire le plateau, ainsi que les lumières strictement dosées de Daniel Levy.
Comme la charrue peut retourner une terre, Irène Bonnaud retourne littéralement le texte de Heiner Millier, traduit par Jean-Pierre Morel, en sons (Alain Gravier), musique (Emmanuel Dupart), éléments d'effraction qui font jaillir et le sens et l'émotion, par exemple lorsque Sophie-Aude Picon, belle et précise actrice, chante a cappela le très bel air de Sans Souci.
Une personnalité s'affirme ici qui laisse la part belle aux interprètes dans un unisson qui n'est jamais démonstratif, dans la gravité des questions de l'écrivain et dans l'humour qu'instille avec une intelligence incisive le metteur en scène.
François Chattot domine, haute stature, présence de funambule, voix entêtante, mais chacun ici tient parfaitement sa place, et notamment le vif et aigu Dan Artus, joueur délié et nerveux.
A.H
Source Externe : Le Figaro 31 Janvier 2003
Inséré le : 10/02/2003 00:00