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Muscle Shoals Présentation
Muscle Shoals
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Douglas DUNN chorégraphe-interprète
Texte : Muscle Shoals
Spectacle conçu par douglas Dunn, Stecve Lacy, Carol Mullins, Charles AtlasEt voici un paragraphe d'une lettre envoyée récemment à la recherche de financement.
Un jour, Steve Lacy suggérait de changer le titre, en France au moins, car aucun parisien parlant l'anglais ne connaît le mot
Shoals ; de plus, il n'y a pas d'équivalent évident en français ; d'ailleurs, qu'est-ce que ça veut dire, hein,
Muscle Shoals ?
Lorsque la personne chargée de la communication au théâtre de la Bastille m'a demandé d'expliquer le titre, je lui ai répondu qu'outre la référence à la ville de l'Alabama célèbre dans le jazz, j'aimais la juxtaposition surréaliste des deux mots : elle souligne la difficulté, la dislocation et l'interruption auxquelles l'instrument humain fait face en nageant à proximité de limites voulues et accidentelles. Sa réaction fut de s'exclamer : Ben, d'accord, gardons le titre.
Douglas DunnJ'ai grandi dans les collines de Californie, à l'Ouest de Palo Alto. N'ayant pas de camarades de jeu dans le voisinage, je suis allé à la rencontre des animaux, de la terre, de l'herbe et des arbres. À l'école, où je me suis essayé à de nombreux sports, j'aimais ceux qui nécessitent des changements rapides, des esquives et des feintes. À Princeton University, j'ai découvert l'Europe, les idées et l'art, mais les longues heures d'étude sédentaire me rendaient nerveux. Un jour, par hasard, j'ai pris un cours à la Ballet Society locale, puis j'en ai pris régulièrement. Comme j'étais le seul homme, on m'a bientôt proposé de danser sur scène. Je me suis cru parti pour une vie dans l'enseignement, me suis marié et ai occupé pendant trois ans un poste dans une école préparatoire aux universités, dans le Connecticut. M'intéressant davantage au contenu qu'à surmonter les épreuves imposées par mes étudiants à mon autorité, j'ai perdu mes illusions sur l'enseignement institutionnel et suis parti pour New York, sans trop savoir quoi devenir. Pour passer le temps, j'ai pris des cours dans divers studios. J'ai immédiatement bien réagi à Merce Cunningham, son mouvement ample, étendu et passionnément neutre et à son absence de discours. Suivant ses cours pour le plaisir, j'ai été très surpris qu'il m'invite à faire partie de sa compagnie. Ainsi, pendant quelques années, je me suis produit avec Merce Cunningham et aussi avec le Grand Union, un groupe qui entrait en scène sans avoir décidé de ce qui se passerait.
J'ai commencé à régler mon propre travail en 1971. À ma grande surprise, l'immobilité y tenait un rôle majeur. Je n'avais rien à calculer ni à fabriquer, je n'avais qu'à trouver le courage de donner vie aux images qui me traversaient.
Des années plus tard, j'ai compris que ces premières pièces étaient des études, où je tentais de répondre à une question :
“Qu'est-ce que je fais d'autre que bouger, quand je suis sur scène ?" J'avais eu l'impulsion de danser devant les autres. J'étais donc heureux d'y avoir été amené par quelqu'un que je considérais comme une autorité. Cela devenait une autre histoire de me présenter en tant que moi-même ou en tant que personnage choisi par moi : je devais fouiller dans mes propres nécessités pour pouvoir me lever devant des gens rassemblés pour regarder. Limiter le mouvement me donnait de l'espace mental et cet espace me permettait de me familiariser avec mon désir de bouger et de donner corps aux êtres qui m'habitaient à mon insu, y compris “L'Homme qui craignait de se montrer à un public”. Tout ce qui pénètre mes cinq sens et éveille le sixième influence mon travail, sans que j'analyse la manière dont cela se produit. N'empêche que je suis conscient de remarquer certaines choses et pas d'autres : la démarche des individus et des animaux, l'effet de l'architecture sur l'environnement, l'individualité des arbres... Il y a du rythme et de la texture partout : brins d'herbe emportés par le vent, rocher ricochant à flanc de montagne, rouleau de câble sur le sol en coulisse. Si on me demande quels danseurs ont particulièrement retenu mon attention, je réponds Merce Cunningham, James Truitt, Kenneth King, Steve Paxton, Jean Guizerix, Edward Villella et Rudolf Noureïev. Bien que je ne demande pas aux gens qui dansent dans ma compagnie d'inventer des mouvements, ils font sortir des possibles chorégraphiques que je ne pourrais pas découvrir autrement. De même, les plasticiens et compositeurs avec qui je collabore font "sauter les poissons de mon lac intérieur".
En faisant des danses, je ne vise pas à définir un domaine du goût ou un style, mais à passer d'une constellation d'incarnations perçues intuitivement à une autre ; à passer d'un faisceau unifié de mouvements, circonscrits par le temps et l'étendue de la conscience, à un autre, sous un autre soleil. Cette progression n'a rien à voir avec le progrès : le savoir-faire accumulé par l'expérience ne garantit rien, pas même des débuts moins difficiles à l'avenir. Mais le processus qui consiste à organiser, à décider de la fin, à exécuter, puis à reléguer une danse dans le passé, mon passé, stimule le renouvellement psychique, ainsi que la façon dont une attention plus grande aux réalités familières modifie les habitudes de perception, la façon dont voyager vers l'exotisme relatif d'une autre culture rafraîchit et reformule la vision. C'est la vision que je recherche. Les jours lumineux... De quelle place pouvons-nous apprécier au mieux le miracle continu de leurs apparitions... Ou ne sont-ils qu'une autre forme de nuit et d'obscurité qui, nous le savons, nous cachent des choses ? Pour moi, l'exploration de la perception et de la conscience passe par la participation à plein d'un corps activé. Le positionnement d'une figure - animée ou immobile - dans l'espace m'a toujours préoccupé davantage que sa possible signification psychologique, si merveilleusement développée par ailleurs dans la littérature.
Pour diminuer l'importance de mes goûts et des goûts supposés des autres pendant que je règle un mouvement, je suscite une procédure qui impose un résultat imprévu : même prisonnier de moi-même, je peux tenter de biaiser ou de prendre du recul par rapport à des préférences réductrices. Si la signification d'un mouvement est trop effrayante, je peux toujours la garder secrète ou la changer. Ou encore m'y coller pour dépasser la peur.
Parfois un mouvement ou une danse, après achèvement, oriente le prochain mouvement ou la prochaine danse - par association d'idées avec le même ou le différent, ou par un autre lien, hors association : par exemple, lorsqu'on voit un lac, on peut penser à l'océan, puis à une mare de boue, au désert, à un arbre de transmission... Mon projet consiste à me laisser complètement dominer par la réalité dont je fais partie, pour rester inséparable de l'aspect impersonnel de "ma" nature et donc de l'exprimer. Ensuite, à réfléchir : ce qui se dévoile mérite-t-il d'être montré ?
Douglas Dunn
Pise - juillet 2002
Source Externe : Théâtre de la Bastille
Inséré le : 04/02/2003 00:00