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Rencontre avec le groupe Tg S.T.A.N du vendredi 29 novembre 2002.

Tout est calme.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Thomas BERNHARD auteur
Compagnie TG STAN Metteur en scène

Texte : Stan : Nous sommes la compagnie Stan : S.T.A.N. Nous n'arrivions pas à trouver de nom, donc nous avons choisi : Stop Thinking About Name. En plus Stan est un prénom très commun chez nous. Nous avons tous étudié au conservatoire d'Anvers et nous jouons nos pièces en anglais, français, néerlandais. Nous essayons au maximum de sortir de Belgique et surtout de Flandre. Nous habitons tout de même dans un tout petit pays.

Public : vous êtes un groupe d'acteurs ?

Stan : Uniquement d'acteurs.

Stan : Nous construisons nos projets ensemble mais nous intégrons d'autres personnes étrangères à la compagnie. Nous n'avons pas de metteur en scène mais nous cherchons à chaque fois des manières nouvelles de travailler.

Stan : Chez Stan : comédiens et techniciens prennent les décisions ensemble. Nous n'avons pas de patron.

Public : Vous improvisez au cours de ce spectacle ?

Stan : Dans la plus grande partie des pièces que nous jouons il n'y a pas d'improvisation proprement dite au niveau des textes.

Public : Qelle est la vraie improvisation?

Stan : C'est jouer avec un thème. Nous ne faisons pas cela. Nous ne faisons pas de vraies répétitions non plus. Nous discutons autour de la table des problèmes de dramaturgie, de décors, d'affiches... Quelques jours avant la première nous mettons en place ce que nous nomons les petites choses. Pour cela il y a de petites règles. Par exemple : premier acte rester debout, deuxième acte être très proches les uns des autres, troisième acte se diriger vers la sortie.

Stan : C'est le fait de casser ces règles qui devient motivant et c'est pour cela que nous n'avons pas besoin de metteur en scène. Pour nous le jeu commence quand nous cassons les règles établies.

Public : Ces règles changent tous les soirs ?

Stan : En fait, il y a possibilité de faire ce que nous voulons mais nous ne le faisons pas. Le spectacle a pour base une structure très solide.

Public : Votre écoute du public a pour but de casser le quatrième mur ?

Stan : Dans cette pièce, malgré le décor, nous ne faisons pas semblant d'être dans un salon. Nous ne faisons pas semblant non plus d'être autres que nous mêmes. Nous faisons la pièce réellement ensemble. Nous nous regardons beaucoup et nous vous regardons beaucoup : c'est pour cela qu'il n'y a pas de distance entre nous et vous.

Public : En France c'est rare de trouver des compagnies qui jouent avec le public et qui cherchent à faire circuler cette énergie !

Stan : En fait, nous ne cherchons pas réellement la participation, il y a tout de même une frontière entre nous et vous. Par contre nous avons besoin de la présence de votre énergie.

Public : Pourquoi cette volonté de casser le quatrième mur ?

Stan : C'est pour nous la quintessence du théâtre d'être là avec les gens, de parler avec eux.

Public : Comment choisissez-vous vos textes ?
Stan : Tout commence avec les textes . Le grand travail est de lire beaucoup de textes de théâtre et de tenter de visualiser les possibilités de mise en scène. Nous sommes toujours à la recherche de quelque chose d'universel. Pour nous être acteur : c'est être responsable, être celui qui agit. C'est pour cela que nous sommes impliqués dans toutes les étapes du travail.

Public : Trouvez-vous qu'il y avait urgence à monter un texte de Thomas Bernhard ?

Stan : C'est comme tous les textes que nous choisissons : cela parle de nous. Nous parlons tous comme le « Maître » de la pièce : en fait nous prétendons mais ne sommes pas.

Public : Jusqu'où pouvons nous intervenir dans votre jeu ?

Stan : D'une certaine manière , il y a chaque soir une intervention différente du public qui modifie la couleur de la pièce. Par exemple, un de ces derniers soirs : une dame riait énormément à chacune de nos répliques et d'une certaine manière elle prenait la direction de notre jeu. C'était de sa part une prise de pouvoir involontaire.

Public : Vous choisissez souvent, dans vos mises en scène, un rapport frontal au public ?

Stan : Souvent, afin de ne pas perdre une partie de la salle. Nous avons toujours en tête que vous êtes là face à nous.

Public : Vos méthodes de travail évoluent-elles ?

Stan : Ce qui change pour nous, c'est quand un autre comédien vient nous rejoindre. Pour l'intégrer à notre travail nous négocions des temps de répétitions plus ou moins longs en décors.

Public : Comment avez-vous travaillé cette pièce ?

Stan : Au tout début cette pièce était trop fermée. Nous étions trop prudents et nous devenions des personnages. Dans notre jeu, nous tentons de rester très proches les uns des autres et très clairs sans être ni grotesques ni intimes. Cet aspect de notre travail nous le recherchons chaque soir car c'est impossible de régler ces éléments autour de la table. C'est du fait même que le théâtre est un art du direct que le débat est possible et que ce mode de travail est pertinent.

Stan : Grâce au théâtre les grecs avaient la sagesse de discuter les tabous en direct et de conserver ainsi la société saine.

Public : Vous n'avez pas peur de cette liberté ?

Stan : On a peur mais la jouer ainsi est très grande.

Public : Vous ne faites jamais intervenir de metteurs en scène ?

Stan : Nous avons tous travaillés avec des metteurs en scène dans des compagnies célèbres : ce n'est pas mauvais comme fonctionnement mais pour nous c'est un autre débat.

Public : Vous avez souvent des « trous » sur scène.

Stan : Souvent, mais ce n'est pas grave. En fait, un trou vous met à nouveau les pieds sur terre.

Stan : Pour nous, les accidents sont des possibilités de réagir, d'être vivant.

Stan : En fait, les gens aiment à voir que ce n'est que du théâtre. Un accident est une chance de parler de ce qu'est le théâtre.

Public : Vous improvisez chaque soir ?

Stan : Nous n'improvisons pas sur le texte mais en vivant l'espace en commun.

Public : La présence du souffleur sur scène n'est-elle pas une facilité ?

Stan : Pour nous, il est essentiel de faire des fautes parce que cela nous permet d'apprendre . Il ne faut pas se penser plus intelligents que l'on est. Faire des fautes en public n'est pas une chose facile.

Stan : En plus, tous les textes ne supportent pas cela.

Stan : Dans cette mise en scène le souffleur n'est pas uniquement un souffleur. En fait, Franck ou Tiago dirigent le spectacle. Leur rôle est celui d'une sorte de comédien régisseur présent sur scène. Ce rôle est celui d'un chef d'orchestre.

Public : Comment avez vous travaillé les déplacements ?

Stan : Nous avons fait une lecture sur scène de la pièce et c'est là que nous avons abordé les déplacements.

Stan : En fait nous étudions quelques possibilités très simples de jeux. Ce sont les quelques règles habituelles du théâtre avec lesquelles nous jouons.

Public : Pourquoi dans cette mise en scène, travaillez vous si près du bord de scène ?

Stan : Pour nous cette pièce est une sorte de conférence. Nous sommes des raconteurs.

Stan : Nous évitons absolument de devenir les personnages que nous interprétons.tout simplement car ce sont des mythes. Ils n'existent pas.

Public : Combien de temps sur le plateau et combien de temps autour de la table ?

Stan : Sept semaines autour de la table et une semaine sur le plateau. Cela uniquement lorsque nous travaillons tous les quatre. Nous nous connaissons depuis quinze ans.

Public : Comment se fait la distribution des rôles ?

Stan : Depuis quelques années cela va de soi. En fait, autour de la table, nous devons argumenter nos envies. C'est aussi une sorte de motivation pour jouer et cela se voit sur scène. Le plus important est le résultat collectif et non pas le rôle interprété par chacun.

Public : Avez vous un échauffement particulier ?

Stan : Nous mangeons, nous buvons et nous discutons.

Public : Cette manière burlesque de jouer Thomas Bernhard n'enlève t-elle pas l'ironie du texte ?

Stan : Nous avons volontairement choisis une manière de jouer qui donne à entendre les sous entendus du texte.

Stan : Nous faisons naître la comédie de la tragédie. Pour nous ce n'est pas encore assez burlesque.

Public : Avez vous, par votre jeu, rendu Thomas Bernard moins dangereux qu'il ne l'est.

Stan : C'est toujours la question que nous nous posons. Pourtant nous avons une réelle affinité avec cet auteur.
Nous cherchons une manière d'aborder ce texte qui traduise l'essence de la pièce. Dans un travail sur un texte deThomas Bernhard, nous devons : « entrer et prendre distance, entrer et prendre distance et cela sans arrêt ». Mais c'est vrai que Thomas Bernhard est dangereux.



Source Externe : Théâtre de la Bastille.


Inséré le : 30/01/2003 00:00