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Shakespeare, comme il vous plaira.
Othello.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Gaëtan KONDZOT Metteur en scène
William SHAKESPEARE auteur
Texte : Shakespeare est à Paris. Trois pièces du grand William sont cet automne à l'affiche.
« Hamlet » par Peter Brook, le pape du théâtre britannique, installé depuis des décennies aux Bouffes du Nord.
Othello vu par un metteur en scène congolais de Lyon, âgé de 35 ans, Gaëtan Kondzot, au Théâtre de la Bastille, qui se révèle l'un des espoirs les plus fertiles de la mise en scène.
Comme il vous plaira créé par Jean-Yves Ruf (35 ans), hautboïste de formation qui a quitté la musique pour les mots et qui signe sa première mise en scène d'un grand texte à la MC93 de Bobigny.
Pourquoi tant de Shakespeare ? Peter Brook invoque l'universalité et la modernité des propos shakespeariens, résonnant aussi bien à Londres qu'au fond de l'Afrique. Il en profite pour indiquer que le Centre de recherche et de création théâtrales -qu'il a fondé à Paris voilà trente ans avec des comédiens de toutes origines raciales- en est le témoignage. Le métissage des cultures est, comme il le rappelle dans le livre de ses souvenirs, son héritage, lui dont la famille, les Bryck (au passage des frontières les douaniers transformèrent le « y » en « ou »), est originaire de Lettonie.
Kondzot estime simplement que les pièces de Shakespeare donnent un écho à nos préoccupations, à notre monde. Jean-Yves Ruf, amoureux de la nature, installé avec son « Chat Borgne Théâtre » à Strasbourg et habitué à la comédie de bric et de broc, souhaitait raconter la forêt avec
comme il vous plaira. Peter Brook, jadis codirecteur de la Mecque shakespearienne de Stratford-on-Avon, a monté là-bas
Hamlet en une intégrale de quatre heures et demie. Pas question de cela à Paris. Et puis, après bien des critiques et spécialistes anglais dont le poète T.S. Eliot, il considère que
Hamlet, bien que géniale par la langue, est dramatiquement la pièce la plus mal ficelée de la galaxie shakespearienne. Il a proposé voilà deux ans un
Hamlet concentré, en anglais, aux Bouffes du Nord : six semaines de représentations à guichets fermés. Un tel succès mettant en évidence ce qui lui tient le plus à cœur dans cette pièce, « la densité de l'instant », l'a convaincu de recommencer avec un
Hamlet en français réécrit avec les mots d'aujourd'hui par Jean-Claude Carrière. Une traduction claire, limpide parce que Carrière n'a pas fait du mot à mot, mais cherché la pensée qu'exprime chaque personnage. Etrenné cet été au Festival d'Aix-en-Provence,
Hamlet résume plus que jamais la complexité de l'homme moderne.
Ambitieux, Kondzot a transformé l'exiguë Bastille en théâtre en rond, en arène où il estime que la langue, premier personnage de Shakespeare, circule mieux : il a dépouillé et un peu coupé son
Othello. Son héros; guerrier poète et étranger, habillé d'un vêtement entre la robe de samouraï et celle d'un Masaï, est aussi un naïf qui considère que le rêve et la réalité sont imbriqués. «
Othello est l'utopie d'un idéal de beauté », dit-il.
Bien plus fantaisiste, Jean-Yves Ruf (frère d'Eric, acteur au Français) est arrivé au théâtre « comme un imposteur », dit-il. Entre concerts et cours de musique, il remplaça à Reuil-Malmaison un professeur de français. Pour distraire ses élèves, il leur fit faire du théâtre. Il y prit tellement goût qu'il suivit des cours de comédie avant d'être accueilli au théâtre national de Strasbourg et de créer sa propre compagnie. Il n'avait jamais abordé de texte majeur jusqu'à
Comme il vous plaira. Intimidé par Shakespeare, fasciné par une pièce où féminité et masculinité, hétéro et homosexualité ont des résonances modernes, il dit seulement lui aussi qu'il a été séduit par la langue : « C'est mon oreille de musicien qui a choisi. »
Nicole Duault.
Source Externe : Le journal du Dimanche 12 Janvier 2003.
Inséré le : 20/01/2003 00:00