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En même temps (Présentation).
En même temps.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Evguéni GRICHKOVETS acteur
Texte : Comment j'ai mangé du chien
En même temps
deux spectacles écrits et interprétés par Evgueni Grichkovets
spectacles en russe
traduction simultanée Armand Le glanic.
Avec son humour décalé, sa fausse maladresse et son grand art, Evgueni Grichkovets nous fabrique un monde et retrouve le temps perdu, celui de son épique service militaire dans la Flotte russe du Pacifique.
Comment raconter tout ce qui lui vient à l'esprit en même temps ? Evgueni Grichkovets s'y essaie et déploie sous nos yeux ébahis le monde compacté de sa mémoire. Il y a le chemin de l'école dans la nuit noire. Sa fascination pour les avions, mais aussi son anniversaire raté et les grasses matinées interdites...
Entretien avec Evgueni Grichkovets par Julie Birmant
Traduit par André Markowicz
De l'homme Grichkovets à ces personnages, les liens se tissent.
Parce qu'aussi j'ai passé la matinée avec lui et André Markowicz qui traduisait.
Voici ce qu'il m'a raconté.
Julie Birmant : Comment fonctionne le théâtre " l'École de la pièce contemporaine " ?
Evgueni Grichkovets : J'y ai été invité l'année dernière (2001) à jouer mes propres spectacles, même si je m'y produis d'une façon indépendante : c'est-à-dire que je paye tout. En vérité ce théâtre fonctionne d'une façon tout à fait inhabituelle : c'est un théâtre officiel, où l'on joue habituellement les pièces de Tchekhov, mais aujourd'hui, il présente cinq de mes pièces : la moitié du répertoire, c'est moi. Le metteur en scène principal en est affolé ; il n'a pas du tout compris comment ça s'est passé. J'y joue trois de mes spectacles et lui a monté deux spectacles d'après mes pièces. Maintenant, il s'arrache les cheveux. Ceci dit, il n'est pas perdant car il y a beaucoup de public ; seulement il est très jaloux...
Quand j'ai commencé à jouer dans un théâtre normal, le public a d'abord été le public habituel de ce théâtre et j'ai très vite compris que je n'avais aucune chance de traverser ce public-là pour atteindre le mien. C'est alors que j'ai commencé à jouer mes spectacles à 21 h 30. Et les jeunes sont venus me voir, c'est-à-dire ceux qui ne viennent pas au théâtre à 19 h du soir comme c'est la tradition. Parce que, pour les jeunes, plus c'est tard, plus c'est normal ; et ça ressemble beaucoup plus au fait d'aller à un club qu'au théâtre. Ces entorses à la tradition, je les ai réalisées à toute vitesse. En hiver, je joue en plus mes spectacles le samedi et le dimanche à 16 h. Donc, à un moment de congé.
Les gens viennent au théâtre sans se presser et n'engagent pas pour autant leur soirée. J'ai du mal à concevoir que personne à Moscou n'ait jamais pensé à une chose aussi simple.
Je ne crée pas mes spectacles dans le théâtre où je joue. Pour que tout le monde comprenne qu'ils ne sont pas les spectacles de ce théâtre, mais mes spectacles. Et puis il y a aussi un autre spectacle que je joue dans un club de nuit le lundi, le soir où il n'y a pas de musique. On dispose des chaises en carré. Ce qui me plaît le plus dans ce club : l'énorme fenêtre derrière moi - genre quatre mètres - qui me permet de jouer mon spectacle sur fond de Moscou. J'y mentionne comme scénographes un certain nombre d'architectes dont on voit le travail dans mon dos. J'autorise aussi le public à fumer pendant le spectacle et ce que j'aime beaucoup, c'est que, dans les moments particulièrement tendus, je commence à entendre le bruit des briquets. Et puis parfois les gens n'y tiennent plus et vont au bar prendre un peu de cognac. Les barmen qui adorent le spectacle interdisent qu'on fasse du bruit et tout le service se fait dans un grand silence.
C'est comme ça que vit mon théâtre.
Autre chose : je rencontre souvent mon public dans le métro. Ils m'interrogent :
" Ah, mais vous prenez le métro ? " Et je leur réponds : " Eh oui, figurez-vous que je vais au spectacle" . Pour les gens, c'est un choc. Nous prenons le même métro, le même wagon pour nous rendre au même spectacle.
Mais ceci dit, je n'habite pas Moscou.
J'aime Moscou, cette ville où convergent tous les possibles, la ville la plus avide de ce qui se trouve hors de ses limites et où tout se concentre. C'est très bizarre, il semble toujours que Moscou soit en train d'attendre quelque chose.
Julie Birmant : Pourquoi avez-vous choisi d'habiter Kaliningrad ? êtes-vous un fan de Kant ?
Evgueni Grichkovets : La seule chose qui rappelle Kant à Kaliningrad, c'est sa tombe. Kant n'a jamais quitté Koenigsberg alors qu'il en enseignait la géographie du monde. Kaliningrad est une ville dans laquelle tout le monde est arrivé. Quand elle est devenue russe, en 1946, il y a plein de jeunes qui sont arrivés. Des gens venus de tous les coins du pays. Et aujourd'hui les enfants de ces gens-là ne connaissent rien de la Russie, ni rien du monde. Les habitants de Kaliningrad sont des Russes totalement insulaires. Même s'il y a beaucoup de marins là-bas.
Julie Birmant : Mais vous, pourquoi ?
Evgueni Grichkovets : À Kaliningrad il y a la mer. Et puis je suis habitué à vivre dans une ville petite. Et puis Kaliningrad, ce n'est pas tout à fait la Russie et ce n'est pas encore l'Europe. Et puis j'ai déjà dit que c'était la ville dans laquelle tout le monde était venu. C'est donc très facile de venir y vivre. Il n'y a rien de particulier à cela. Parce que si tu arrives dans une vieille ville de la Russie centrale d'où jamais personne n'est parti et personne n'est venu : tu seras toujours un étranger là-bas, toute ta vie.
Moscou au contraire est une ville très ouverte. Elle vous accueille pleine de joie, vous suce le jus et vous jette aussi vite qu'elle vous a adorés. Avec quelle joie les critiques t'accueillent ! Et avec quelle joie ils se servent de toi comme serpillière trois ans plus tard. Mais je ne vis pas à Moscou, et je ne permettrai pas qu'on se serve de moi comme serpillière.
À Moscou, il faut avoir une sensation très claire de ses propres limites et interdire à quiconque de les franchir. C'est assez difficile. C'est pourquoi je ne peux pas y être tout le temps. Mais c'est à Moscou que se trouve le public qui m'aime et donc je ne peux rien dire de mal sur Moscou. Il y a là plein de gens qui m'attendent.
Résumons : Kaliningrad, c'est la ville où j'habite et je n'écris rien ; Moscou la ville où je n'habite pas et où je fais tout. Et c'est pour ça que j'arrive à aimer ces deux villes.
Julie Birmant : Donc, vous écrivez dans le train.
Evgueni Grichkovets : Non. En général j'écris peu. Peu dans le temps, très vite et en général je ne corrige jamais. Mais chaque texte me prend plus d'un an de travail. Je n'ai même pas de journal intime. Si j'ai une idée qui me plaît, je ne la fixe pas. Si elle s'oublie, c'est qu'elle n'était pas si bonne.
Je ne crois pas aux écrivains qui voyagent avec leur journal intime et qui observent la vie. Parce que je dis toujours que les gens ne vivent pas pour que quelqu'un les observe.
Julie Birmant : Comment êtes-vous venu au théâtre ?
Evgueni Grichkovets : En fait, c'est très bizarre. Le théâtre est la dernière des activités qu'on puisse imaginer à Kemerovo, ma ville natale en Sibérie. Dans cette ville, il n'y a jamais eu et il n'y a pas de bon théâtre. Et beaucoup plus important encore, il n'y a pas d'atmosphère où puisse naître un théâtre, encore moins un théâtre que je puisse faire, moi. C'est une petite ville - dans les proportions de la Russie - une ville industrielle, et le problème essentiel de ce genre de ville de Sibérie, c'est que rien ne s'y accumule. Il n'y a aucun terreau pour que quelque chose puisse s'y accumuler. Dès qu'une personne acquiert la moindre importance culturelle, elle quitte aussitôt la ville. Or le théâtre doit se baser sur un lieu précis et sur une durée certaine. Et quand nous avons construit notre théâtre, la chose la plus terrible dont nous avions déjà conscience était qu'il ne vivrait pas dix ans. Néanmoins, nous l'avons construit. Et maintenant il n'existe plus. Je ne sais pas comment cela se fait. Pour aucune raison précise mais plutôt en dépit de nombreuses raisons.
Mon théâtre à Kemerovo comme ailleurs n'a jamais été un théâtre de protestation, ni social, un tant soit peu politique, encore moins bourgeois. J'ai simplement eu besoin de ce théâtre pour pouvoir vivre dans cette ville ; je me suis inventé un territoire où la vie m'était possible. J'ai simplement eu besoin de ce théâtre pour pouvoir vivre dans cette ville de Sibérie ; je me suis inventé un territoire où la vie m'était possible.
Julie Birmant : Le public est-il venu vous voir à Kemerovo ?
Evgueni Grichkovets : À ce moment-là je ne jouais pas ; je travaillais alors avec cinq acteurs. Quant au public, il s'est formé en l'espace de deux ans. Et le plus intéressant, c'est que ce public qui, à Kemerovo, n'avait pas vu d'autre théâtre supposait que ça, c'était le théâtre normal, vu que c'était le premier théâtre qu'ils voyaient de leur vie. Et c'est pourquoi quand je rencontre des gens qui ont vu mes spectacles dans les années 90, puis d'autres spectacles, ils me disent que les mises en scène classiques leur paraissent très bizarres puisque depuis le début ils se sont habitués à regarder mes spectacles. C'est-à-dire que moi, pour les habitants de Kemerovo, je suis un classique.
Julie Birmant : Faire du théâtre à Kemerovo était-ce doter la ville d'une mémoire aussi volatile que subjective ?
Evgueni Grichkovets : Je ne raconte jamais rien de concret sur une ville concrète. Ça ne m'intéresse pas. Et ça n'intéresse pas non plus le public. Si le public veut savoir quelque chose sur la ville de Kemerovo, on peut trouver ça sur Internet, bref, il y a d'autres médias pour cela. Le spectacle Planète dans la variante que je joue ici à Nancy, je l'ai adapté pour Nancy. Ce que je décris, ce n'est pas les rues de Moscou ou de Kemerovo, mais des rues françaises, dans les sensations que j'en ai. Et si, dans un texte sur Moscou, je parle du métro, ici ce sera d'un autobus, et si là-bas c'est la Tverskaïa, ici je parle de petites rues avec des immeubles de trois étages. Parce qu'en général, ce que le public veut, ce n'est pas entendre raconter l'histoire de quelqu'un, mais une histoire qui lui parle de lui-même. Alors qu'au cinéma, c'est le contraire. Les gens qui habitent New York, quand ils vont au cinéma voir un film où sont montrées les rues mêmes où ils vivent, ils voient Batman qui vole ou bien Bruce Willis qui court. Et donc les rues réelles et les rues qu'ils voient au cinéma sont en quelque sorte dans deux villes différentes. Mais au théâtre ça c'est impossible. Les gens viennent au théâtre pour entendre parler d'eux-mêmes (...).
Julie Birmant : En Russie, un réseau de création où les théâtres communiquent, est-ce imaginable ?
Evgueni Grichkovets : On peut l'imaginer, mais le réaliser, ça me paraît difficile.
Julie Birmant : Parce que vous disiez des choses très négatives sur les festivals. Ne sont-ils pas un moyen justement que des gens de Irkoutsk et d'Omsk se rencontrent ?
Evgueni Grichkovets : En réalité personne ne peut aider un artiste. Il y a un grand festival international à Moscou qui s'appelle le Masque d'Or. Et pendant toute l'année, des experts très compétents écument le pays pour choisir des spectacles. Ces spectacles sont amenés à Moscou au mois d'avril chaque année. Et qu'est-ce qui se passe généralement ? Supposons : d'une petite ville, arrive à Moscou un théâtre ; généralement son spectacle fait un four. Parce que le programmateur qui arrive dans je ne sais quelle petite ville, voit la vie terrible qu'il y a là-bas, et au milieu de toute cette vie affreuse, un petit théâtre. Donc il l'invite à Moscou et dans le contexte de Moscou où le public est nombreux, parfaitement informé et très attentif, ça a l'air d'un spectacle amateur.
Et si l'on découvre un travail vraiment brillant, et qu'on invite ensuite le metteur en scène à faire une mise en scène à Moscou, à ce moment-là, le petit théâtre sans ce metteur en scène disparaît et le metteur en scène généralement ne fait rien de bon à Moscou. Que peut un festival ?
Julie Birmant : Quelles sont les instances qui se soucient des échanges culturels entre les différentes villes de Russie ?
Evgueni Grichkovets : Ces instances existent mais d'abord l'argent qu'elles donnent est quasiment insignifiant. D'autre part, l'argent n'est pas la solution de tout. Bon supposons Kemerovo. Il n'y a pas de théâtre. Puis apparaît un théâtre. Qui bientôt n'existera plus. Et ce n'est pas parce qu'il n'a pas d'argent. Ce théâtre, on aurait beau le noyer dans l'argent... C'est que la ville n'a pas la tradition du théâtre. Pourquoi ? le théâtre est apparu, un public s'est constitué autour de lui, mais comme il n'y a pas d'autre choix que ce théâtre, il s'en fatigue très vite. Tout comme le théâtre de ce public. Je dis toujours que, si dans une ville il y a un ou deux théâtres, très bientôt, ils n'existeront plus. Alors que, si dans une ville il y a vingt théâtres, après un certain temps, ils seront trente ou quarante. Il y a des villes totalement non théâtrales. Ce n'est pas la peine de leur inoculer du théâtre. Et personne ne peut le faire. Comme personne ne pouvait m'obliger à faire du théâtre ni m'interdire d'en faire.
Julie Birmant : Dans ces conditions comment se fait-il que vous ayez commencé le théâtre ?
Evgueni Grichkovets : Je ne sais pas. J'ai commencé, je ne savais pas comment on faisait. Et un jour ça s'est mis à marcher. Mais le théâtre, je ne le faisais pas avec cette pensée : " Oh la ville a besoin de Théâtre ! " Moi j'avais besoin du théâtre, c'est tout.
Julie Birmant : Vous avez désiré faire du théâtre selon le fantasme que vous vous en faisiez ?
Evgueni Grichkovets : L'éducation que j'ai reçue fait que je comprends globalement les règles générales de l'art, les règles de la perception de l'art, les règles de la langue, les règles de la composition, etc. etc. J'ai répondu de moi-même aux questions qui surgissaient en moi. Le seul théâtre que je connaissais, c'était celui
que j'avais entendu à la radio. Je voudrais revenir sur les festivals. Un festival remplit un certain nombre de fonctions. Il y a des festivals qui marchent, il y a des festivals qui ne marchent absolument pas. Et dans chaque festival il y a des présupposés, un contexte, sur lequel je n'ai pas de prise. C'est pour cela que chaque festival propose sa propre image du théâtre. Un festival peut montrer la crise totale du théâtre européen alors que, dans la ville d'à côté, un autre montrera le triomphe de nouveaux talents.
Le festival Passages par exemple. Nous y voyons un spectacle de Fomenko, disons, qui n'essaye même pas d'être contemporain, c'est une sorte de réalisation de l'école russe, de la culture russe. C'est une démonstration vivante de cela, parce qu'un maître âgé et plein d'expérience trouve une histoire intéressante et un parti pris intéressant pour de jeunes acteurs. Et de fait, ça remporte un grand succès à Moscou ; et de fait, c'est un spectacle important pour la Russie. Et donc il est programmé ici. À côté de ça, il y a moi. Qui n'ai aucune tradition derrière moi, qui suis tout à fait à la mode maintenant, mais qui ai ma propre direction, de côté. Et puis on verra aussi, deux spectacles d'un certain Kouznetsov - dont j'ai appris ici qu'il existait sur terre. À Nancy, on se dit : " voilà des images du théâtre russe ", même si visiblement Kouznetsov n'a que peu de rapport avec le théâtre et le contexte russe, lui qui a un théâtre russe en Ouzbékistan, un théâtre de festivals typique. Les gens qui vont voir Fomenko et Kouznetsov, je ne pense pas qu'ils aient aucune image du théâtre russe.
Ni ceux qui ont acheté un billet pour moi et pour le théâtre Ilkhom.
En même temps, quoiqu'on puisse en dire, les festivals ont tout de même leur vertu et une tâche importante. Supposons simplement : je suis un arbre. La forêt, c'est le théâtre russe. Or, la personne qui fait le festival voit la forêt. Et moi, je suis un arbre. Et c'est lui qui choisit les arbres pour en faire le parc qu'il souhaite. Un festival, c'est toujours un parc. Il y a des fois des parcs bien, des fois des parcs pas bien. Moi ce que je peux dire, c'est que les festivals ne sont pas un but pour moi. Non pas que je n'y trouve aucun intérêt à y participer au contraire, et pour toutes sortes de raisons aussi bien financières que culturelles.
Mais je n'essaye même pas de m'imaginer quel est le but de la personne qui crée un festival. Parce que nous avons des opinions absolument différentes sur la vie et sur le théâtre.
Les festivals font beaucoup de bonnes choses mais aussi beaucoup de mauvaises. Je connais des gens qui sont devenus des invalides de festivals, qui ont été presque tués par les festivals.
Julie Birmant : Les festivals ne me semblent pas fautifs. N'est-ce pas à l'artiste de savoir ce qu'il veut ?
Evgueni Grichkovets : Un artiste puissant n'est pas toujours un homme puissant. Lui-même était prêt à cela, mais les festivals aussi étaient prêts à l'exploiter. Parce que les festivals ont une grande expérience.
Ils savent ce qu'est un artiste comme Korsunovas. Qu'il ne tiendra pas longtemps, et donc qu'il faut l'exploiter, vite, vite (...).
Julie Birmant : N'êtes-vous pas guetté par le même danger ?
Evgueni Grichkovets : Je suis moi-même un ennemi du théâtre de répertoire et tout à coup, je me suis découvert un répertoire. C'est pourquoi l'année prochaine j'arrête de jouer Comment j'ai mangé du chien. Même si tout le monde dit que je suis fou parce que c'est le spectacle qui a remporté le plus de succès ces deux dernières années en Russie. Je n'ai plus la force ni le temps de servir ces quatre spectacles. La vie est plus importante.
Source Externe : Théâtre de la Bastille.
Inséré le : 17/12/2002 00:00