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Rire jaune.
Tout est calme.
Se revendiquant d'un théâtre d'acteur sans metteur en scène, le groupe Tg STAN tombe dans le contresens avec le provocateur Thomas Bemhard.
Parés d'une réputation d'avant-gardistes du théâtre qui, chez eux, se résume à une mise en place approximative et à un éloge du non-jeu, les Belges de Tg STAN font leurs choux gras d'un accent flamand qui, en français, leur permet de surfer sur la vague des succès d'artistes comme Arne Sierens ou Alain Platel. Là s'arrête d'ailleurs la comparaison.
Car si les uns révèlent des vérités qui éclatent sur le plateau, les autres se contentent de la nonchalance d'un théâtre qui n'a d'autre effet que de mettre les rieurs de leur côté. D'Ibsen à Tchekhov et Müller, on a pu constater les limites de leurs propositions, réduites à des portions congrues. Depuis, Tg STAN a choisi de pousser son bouchon un peu plus loin. Exhumant Jean Anouilh l'année dernière, ils se régalaient d'une Antigone dévoyée, passée à la moulinette de ce qui pouvait être dit en France sous l'Occupation. La chose avait du mal à passer, mais pouvait encore poser des questions sur les misères d'un temps où, dans ce discours, on avait reconnu des paroles de liberté.
Aujourd'hui, avec Thomas Bernhard, ils nous proposent le portrait d'un auteur au bon sens revanchard qui, entre deux fadaises, revendique comme une fierté de recevoir ses invités dans la maison d'un juif qui, après la guerre, n'est jamais venu la réclamer. Quand Bernhard choisit comme héros ce Moritz Meister, il dénonce l'Autriche, sa patrie répudiée. Quand les Tg STAN dans leur roublarde décontraction s'en emparent.ils transforment l'obscène en bêtise, le révoltant en un bon mot, et les rires de la salle deviennent terribles dans cette complicité.
On regrette pour Bernhard le non-sens de ses propos détournés, et l'on se prend à rêver que d'autres Autrichiens, ces actionnistes viennois qui avaient trouvé des voies plus radicales pour se faire entendre, viennent à sa rescousse dans l'adversité. Dans une tentative de ramener ces rires à la réalité, on les verrait bien monter sur la scène et simplement pisser.
Patrick Sourd.
Source Texte : Les inrockuptibles 25 nov 2002
Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Compagnie TG STAN (Metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com
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