Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

Du grand art.

Tout est calme.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Compagnie TG STAN Metteur en scène

Texte : « Tout est calme (maître) » de Thomas bernhard.

Dans cette pièce, parodie du Wilhelm Meister de Goethe, l'auteur cite une poésie que tous les écoliers allemands connaissent par cœur : « Uber allen Gipfen ist Ruh ». Éloge de la Nature : innocence des sommets, sérénité des cimes. Un tableau idyllique que l'ironie de Thomas Bemhard rend suspect, dérisoire, mortel.
Avec Thomas Bernhard, on ne sait jamais s'il dénonce les méchants ou s'il se moque des imbéciles : ce sont les, mêmes. Ce qui l'obsède, c'est la bêtise quand elle s'étale, quand elle triomphe. C'est une force, un miroir et un abîme. C'est une séduction. Un trou noir où l'on ne cesse de tomber. En ce sens, les personnages de l'Autrichien ne sont pas si éloignés de ceux de Labiche : ce sont toujours les gens les plus bêtes qui sont les plus méchants.
Les comédiens flamands de la compagnie Tg Stan ont parfaitement compris et exprimé cela ; ils jouent la pièce, l'une des plus subtilement subversives de Thomas Bemhard, comme un texte vierge, intouché, impatient d'acquérir un sens. Un travail collectif. Pas de metteur en scène : ils travaillent longtemps, à l'italienne, autour d'une table, avant de s'aventurer sur le plateau, quelques jours avant la première représentation.
J'ai rarement vu des comédiens aussi libres. Ce sont des artistes accomplis mais ils semblent désarmés, fragiles, vacillants, comme s'ils découvraient en même temps que nous ce qui advient sur la scène, comme s'ils nous invitaient à partager leurs joies, leurs frénésies, leurs silences. On croit qu'ils improvisent. Erreur : tout est pensé, répété, construit. Et quand ils trébuchent, pas de problème, ils assument, ils ne font pas semblant ; ils se tournent vers l'un d'entre eux qui fait office de souffleur. Rien de solennel : tout devient spontané, vivant, comique.
Du grand art. De la pure anatomie, dénuée de teinte morale. Quelque chose comme une puissance d'effraction et de renversement, héritée des carnavals et des charivaris médiévaux, qui inquiète l'ordre, célèbre l'excès, jongle avec la folie et vous charcute les organes. Du Jérôme Bosch dans un salon. Ça fait peur. Ça grimace, ça grince, ça mord. C'est une vielle tradition flamande.

Frédéric Ferney.



Source Externe : Le Figaro mardi 15 novembre 2002.


Inséré le : 20/11/2002 00:00