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Tg STAN met en boîte la bêtise selon Bernhard.
Tout est calme.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Compagnie TG STAN Metteur en scène
Texte : « Maître » par le collectif flamand à Paris.
Un collectif d'acteurs : ainsi se définit la compagnie flamande TG Stan, dont les initiales signifient en anglais «Stop Thinking About Names». Ce refus de la personnalisation est d'abord une réaction contre la toute-puissance du metteur en scène : TG Stan entend se passer d'intermédiaire entre le texte et les acteurs. Et revendique une approche aussi «innocente» que possible des pièces interprétées.
De fait, leur liste d'auteurs est remarquablement éclectique, de Molière à Müller, en passant par Cocteau ou Handke. Leur dernier spectacle présenté la saison dernière à Paris,
Antigone de Anouilh, auteur pas spécialement en pointe sur la scène contemporaine, témoignait de l'absence de préjugés. Décomplexés dans l'approche des textes, les comédiens de TG Stan ne font pas non plus de blocage linguistique : selon le lieu, ils jouent en flamand leur langue maternelle , en français ou en anglais.
Sur la scène du Théâtre de la Bastille, on retrouve avec plaisir une liberté de ton, soulignée ici par la présence d'un souffleur (Frank Vercruysse) qui n'hésite pas à corriger les petites fautes de grammaire ou de prononciation des trois autres comédiens. Le théâtre tel que le pratique TG Stan n'est pas pour autant révolutionnaire. Bien dire-bien jouer, son ambition première est de filiation tout à fait classique.
Thésarde. Dans leur superbe propriété du sud de l'Allemagne, l'écrivain Moritz Meister et son épouse (Damiaan De Schrijver et Sara De Roo) reçoivent une jeune universitaire, Mademoiselle Werdenfelds (Jolente De Keersmaeker), qui prépare une thèse sur la Tétralogie, l'oeuvre maîtresse de Meister, en quatre-cent-vingt-huit chapitres. De
Maître, l'une des dernières pièces de Thomas Bernhard, TG Stan extrait tout le sel comique, sans craindre de modifier l'architecture de la pièce en supprimant deux autres visiteurs (le journaliste et l'éditeur).
De la tarte. Il est vrai que leur absence ou plutôt leur fusion avec le personnage de la thésarde ne change pas grand-chose. A trois ou à cinq voix, il s'agit d'une variation sur la bêtise, dans sa version cultivée-bien élevée. Particulièrement satisfait de lui, Meister mène le bal, enfilant avec bonhomie lieux communs et monstruosités, dissertant sur tout : la musique, la tarte, les beautés de la nature, les antiquités crétoises et les juifs :
«Anéantir les juifs a été une grande faute mais c'était un problème insoluble.»La force de TG Stan, c'est de tenir de bout en bout le pari du rire et du ridicule en maintenant une grande dignité d'acteurs. Ils sont tous trois des imbéciles d'autant plus convaincants que crédibles, et parviennent, au-delà du rire, à susciter une vraie inquiétude, parce que nul ne peut se sentir totalement étranger à la bêtise telle que la dissèque Thomas Bernhard.
René Solis.
Source Externe : Libération mardi 19 novembre 2002.
Inséré le : 20/11/2002 00:00