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Etrange maladie de la pierre.
Le Tas
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Pierre Meunier acteur
Texte : Sur le Tas, il y aurait beaucoup de mots à amonceler, pour célébrer l'aventure de deux clowns métaphysiques : Pierre Meunier, auteur du spectacle, et son acolyte Jean-Louis Coulloc'h, sorte d'Hercule effectuant ses travaux la tête dans les étoiles (2). Au début, dans la pénombre, Coulloc'h tape comme un sourd sur une grosse pierre, tandis qu'un comparse, après être grimpé à une corde, accumule de forts cailloux dans une bâche translucide. Coulloc'h, juché sur une chaise bancale, se met en demeure, à l'aide d'un canif, de libérer les blocs, au risque d'en prendre un sur la cafetière. Le ton est donné. Le Tas, c'est une suite d'amusantes expériences physiques, pataphysiques, énigmatiques, au lyrisme discret et à l'humour tellurique. Il faut voir Coulloc'h se livrer à une danse sauvage avec un bloc mastoc. Il jongle avec, se le fout sur l'épaule. Par illusion d'optique, cela peut même, en un éclair, lui tenir lieu de tronche. Il y a une conférence farfelue, avec un micro trop grand et des énormités bafouillées, une simulation de cosmogonie miniature avec des balles de ping-pong imitant une musique des sphères, la bruyante révolte de plaques de métal rouillé qui singent le chaos primordial... On saisit alors comment l'homme peut souffrir d'une étrange maladie de la pierre, dont le mystère éternel le confronte à sa propre durée éphémère. Je ne vois que Tieck, romantique allemand à l'esprit délicatement dérangé, pour avoir accordé une telle attention au monde minéral. Le Tas, si original, s'achève sur la vision d'une espèce de désert, de Hoggar primordial obtenu de main d'homme, sous l'oeil d'un projecteur rond comme la lune. Bravo !
La chronique Théâtrale de Jean-Pierre Léonardini.
Source Externe : L'Humanité lundi 4 novembre 2002.
Inséré le : 06/11/2002 00:00