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Rencontre avec le groupe Tg Stan du vendredi 14 décembre 2001 à propos du spectacle "les Antigones".
Les Antigones.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Compagnie TG STAN Metteur en scène
Texte : Tg Stan : Stan est composé de quatre acteurs permanents. Par contre, pour chaque production, d'autres acteurs sont engagés. Mais du moment où ils travaillent avec nous : ils sont Stan. Souvent ce sont des gens avec lesquels nous lions des affinités.
Un étudiant : Comment en êtes-vous venus à monter ces deux versions d'Antigone ?
Stan : Nous avions envie de créer quelque chose en France, à Toulouse, de travailler à partir d'un écrivain français. Cocteau nous a saisi par son coté court, net, son langage très simple, très comprimé. En lisant sa pièce on a pensé : « c'est beau, beau et cela prend vingt minutes ».
Pour Anouilh ce fut une rencontre : celle de la différence dans la narration d'une histoire.
Quand on rencontre un texte, c'est toujours un hasard, une envie très directe. Il faut que cela soit très lié au moment, à notre envie de raconter.
Une étudiante : Etablissez-vous une trame scénique ?
Stan : Pour tous nos spectacles il y a un travail scénique, une mise en espace. Pour Cocteau nous avons respecté en miniature les entrées et les sorties indiquées dans la pièce de Sophocle. Pour la pièce d'Anouilh nous avons divisé la scène en six plans. Le moment du premier dialogue entre Créon et le garde doit se positionner au plus près du public, c'est à dire au premier plan de notre découpe. Ce moment passé les déplacements sont libres.
Un étudiant : Ce qui est impressionnant dans votre jeu c'est la gamme des registres. Quel est le rôle du spectateur dans votre conception du théâtre ?
Stan : Nous voulons être au maximum ouverts et transparents vers un public toujours différent. Pour le spectacle « Antigones » nous avons toute une série d'adresses au public. Pour nous, il n'y a pas de quatrième mur. Nous travaillons dans le domaine du spectacle vivant et nous voulons sentir le souffle du public.
Stan : Nous aimons respirer le souffle que le public nous offre.
Une étudiante : Vous êtes toujours très présents sur scène même dans les moments où vous ne jouez pas.
Stan : Nous travaillons sans metteur en scène, nous devons donc observer comment chaque scène se déroule sur le plateau. Pour nous, chaque soir est une peinture nouvelle. La pièce est remise en discussion chaque jour.
Un étudiant : Pouvez-vous nous raconter une séance de travail ?
Stan : Nous sommes restés deux mois autour de la table et nous abordons beaucoup d'options. Quand nous abordons la traduction, chaque mot est travaillé, mis dans notre peau et ainsi nous abordons la dramaturgie.
Ensuite il y a une semaine où la technique est travaillée. Dans cette phase, chacun de nous cache ses options de jeu et ne donne à entendre que le texte. Bien sûr, les regards sont importants dans ce moment de travail : ils nous permettent de communiquer l'envie, le désir, les émotions à nos partenaires.
Stan : Il y a de la souffrance, de la curiosité envers l'autre et envers soi-même de savoir ce que l'on va faire et ce qu'il va faire. En tous les cas, répéter sans public me paraît absurde.
Une étudiante : Vous quittez la table quatre jours avant la première : comment faites-vous ?
Stan : C'est comme une libération, une montée d'adrénaline. Nous savons profondément ce que chacun pense et pourquoi il joue.
Un étudiant : Antigone d'Anouilh est écrit en 1942 et jouée en 1944, le saviez-vous ?
Stan : Nous avons appris l'histoire de cette pièce après avoir choisi le texte mais nous avons bien sûr abordé cet aspect.
Une étudiante : Un spectateur en sortant de la salle a dit : « alors, collabos et résistants même combat ? »
Stan : Nous avons le privilège de l'innocence et nous en abusons.
Un étudiant : Avez-vous improvisé sur le texte ?
Stan : Pour le texte d'Anouilh nous l'avons suivi pas à pas.
Une étudiante : Quelles sont les difficultés pour travailler un texte qui n'est pas dans votre langue ?
Stan : En fait, nous travaillons une pièce française en anglais entre acteurs flamands et portugais. Par contre, nous avons aimé le jouer directement en français.
Stan (Tiago) : Parfois je pense que ce texte est plus proche de moi parce qu'il n'est pas en portugais. Je dois travailler chaque mot. Il y a des phrases et des mots dont je me sens très proche du fait qu'ils sont en français. Ils me semblent plus précieux. IL faut aller jouer en France et en français ce qui oblige à être plus attentif et plus libre. Notre accent nous permet de faire entendre une certaine étrangetée du texte.
Une étudiante : Est-ce l'accent qui fait que j'aime cette pièce ou l'ai-je mal lue ? Comment passez-vous à la scène ?
Stan : C'est peut-être l'accent. Quand nous passons à la scène nous sentons ce que le partenaire est en train de faire. C'est pour cela que notre jeu est vif, parce que nous sommes toujours pleinement ensemble.
Stan : Nous savons tous ce que chacun pense de chaque personnage. Nous avons aussi chacun des idées sur chacune des scènes et des personnages qui les concernent. Nous allons donc sur le plateau pour converser. C'est le temps de la conversation des acteurs.
Un étudiant : Comment se fait-il que nous entendons tous les personnages avec autant de présence ?
Stan : Emon et Ismène sont les personnages faibles de la pièce. Nous voulons tout de même les faire entendre. Pour nous, ce sont des gens qui ont droit à la parole.
Une étudiante : Nous avons moins de parti pris à voir votre spectacle qu'à la lecture de la pièce. Peut-on établir un paradoxe entre le travail à la table et l'impulsion que l'on découvre dans votre manière de jouer ?
Stan : Ce sont des impulsions dirigées. Chaque jour nous reparlons du travail de la soirée précédente et nous tentons à partir de cette discussion de nous mettre en scène nous-mêmes. Après la première l'échange qui suit est très important. Ensuite, au fil des représentations, c'est un débat stratégique pour ne pas tomber dans l'habitude. Nous voulons à tous prix ne pas tomber dans une mécanique répétitive. Il faut absolument éviter de devenir sourd aux autres acteurs et au public. Nous veillons à toujours avoir de nouvelles options pour les scènes. L'important est de conserver la spontanéité de la pièce.
Une étudiante : Y a t-il des soirs où vous n'êtes pas satisfaits ?
Stan : Oui, par exemple lorsque l'on joue et que l'on ne se sent pas présent. C'est très dangereux. Certains soirs cela fonctionne parce que l'on devient des virtuoses pour cette scène mais ce n'est pas bon parce que nous ne sommes pas là.
Une étudiante : Lors de vos discussions, il y a des leaders qui tranchent ?
Stan : Non, tout se décide à l'unanimité. Une personne qui n'est pas d'accord se doit de défendre son point de vue.
Un étudiant : Comment rencontrez-vous les acteurs ?
Tiago : Pour moi j'ai rencontré les Stan quand ils sont venus jouer à Lisbonne.
Tine Embrechts : Pour moi je les ai rencontrés à l'école, au conservatoire. Travailler avec Jolente et Frank fut une véritable révélation. Je ne peux pas aborder le théâtre d'une manière classique.
Une étudiante : Vous apportez une modernité, une humanité au texte. Comment travaillez-vous la mise en espace ?
Stan : En fait, tout est très ouvert, même la lumière. Il y a des étapes et des découpages prévus mais au sein de tout cela nous sommes très libres. Cela fait partie du travail du comédien de savoir sentir la distance avec le partenaire pour créer ou annuler la tension. Pour nous le plateau est un peu comme une carte géographique : il y a des pays et tu les habites chacun comme tu veux. Toutes ces options pour aborder les scènes évoluent pas à pas au fil des discussions après les représentations.
Un enseignant : Pourriez-vous nous parler de ce mouvement qui se met en place en Flandre autour de cette manière de jouer ?
Stan : Il y a beaucoup de nouvelles compagnies qui veulent travailler par elles-mêmes mais nous ne vivons pas cela comme un mouvement. On ne peut pas dire que la Flandre soit submergée par ce type de compagnies. En Flandre il y avait un effondrement des théâtres nationaux, du public, une absence de grands metteurs en scène ce qui créait un vide et une ouverture pour les compagnies pour obtenir les subventions. Cela simplifiait la possibilité d'exister pour les jeunes compagnies.
Stan : Stan est une rencontre, une combinaison de gens. Ce qu'est notre groupe, jouer, nous le remettons en cause tous les jours. Nous donnons la liberté et la responsabilité à l'acteur, c'est ce que nous partageons avec certaines compagnies. En Flandre, nous n'avons pas une grande tradition théâtrale ou littéraire donc nous osons plus.
Une étudiante : Comment avez-vous choisi les costumes ?
Stan : Nous discutons beaucoup de cela et après la costumière nous fait des propositions. Elle combine des habits très contemporains, des vêtements récupérés, des objets qu'elle fabrique.
Un étudiant : Comment attribuez-vous les rôles ?
Stan : Tout est possible mais nous analysons les avantages de chacun dans chaque rôle.
Un étudiant : Comment cassez-vous l'illusion théâtrale ?
Stan : Il n'y a pas d'illusion : nous sommes là, vous êtes là, le lieu où nous sommes est en pierre...
L'illusion n'existe pas, on ne peut pas détruire ce qui n'existe pas.
Une étudiante : Pourquoi jouez-vous Cocteau debout sur une table ?
Stan : On est à la table et au final, fatigués de travailler autour, nous montons dessus pour jouer, comme le font les petits enfants.
Source Externe : Théâtre de la Bastille.
Inséré le : 30/10/2002 00:00