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Meunier met des pierres dans "le Tas".
Le tas.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Pierre Meunier Metteur en scène
Texte : Création poétique et drôle de l'auteur-acteur-interprète.
Un désert, lunaire. Un sentier de montagne où d'autres avant nous auraient édifié des petits tas de pierres pour marquer le chemin. Ou des stations de prière... L'espace où Pierre Meunier inscrit sa création est exigu, tout contre les spectateurs installés en fer à cheval sur le plateau du théâtre de la Bastille, mais il ouvre grand les portes de l'imaginaire.
Divagation :
Sur scène de la caillasse.
Le Tas : difficile de faire plus sommaire. L'artiste en fait de la poésie, par l'enchantement ténu de l'instant théâtral. Une ode au minéral qui, dans sa matérialité même, confine au spirituel, au mythe, et redeviendra poussière lorsque le dernier homme aura quitté la salle.
«Un tas de gravats déversés au hasard : le plus bel ordre du monde.» Pierre Meunier, qui cite le philosophe Héraclite, partage avec lui l'art de voir près et loin simultanément.
Acteur devenu auteur et interprète de ses spectacles, Meunier est d'abord un rêveur qui ouvrage la divagation. Un amoureux du dérisoire arrêtant le temps de ses mains dans la solitude de l'atelier -une ancienne friche retapée dans les parages de Saint-Etienne. Ce
Tas, il l'a élaboré pendant près d'un an, pierre à pierre, par étapes- dont plusieurs rencontres avec des chercheurs en milieux granulaires -hébergées par des murs amis. Chez Chantal Morel, au Petit 38 à Grenoble, puis à Rennes sous un chapiteau prêté par la Volière Dromesko- le nid d'où Meunier est sorti vadrouiller chez Mathias Langhoff, François Tanguy, Zingaro, les Fédérés ou Joël Pommerat.
Esprit clown : Ses propres créations -
l'Homme de plein vent, le Chant du ressort, le Tas- nichent depuis toujours entre ciel et terre. Plus ça va, plus son travail prend de la hauteur, se détachant de la narration et du théâtre d'objet pour aller vers quelque chose de plus vaste, qui serait de l'ordre du silence (grâce au travail de son d'Alain Mahé), d'une mémoire enfouie, de la simple présence. Du lien qui se crée avec les spectateurs aussi, pourvu qu'ils s'abandonnent. L'esprit clown propre au bonhomme demeure : dans l'invraisemblable conférence-catastrophe, derrière un visage blanchi par la craie de l'établi et dans ce sourire posté au coin de la scène.
Et puis il y a cet Autre, avec qui Pierre Meunier partage le plateau. Ce colosse magnifique au regard bleu, ce Vulcain qu'on verrait bien soulever la scène à bout de bras sur ses seules épaules. Jean-Louis Coulloc'h -ombre chez Claude Régy
(Melancholia) et homme du Radeau- qui, dans sa fascinante et gracieuse puissance, donne corps à tout le paradoxe du spectacle. Et ramène le cercle du jeu à un cirque des origines.
Maïa Bouteillet.
Source Externe : Libération mercredi 30 novembre 2002.
Inséré le : 30/10/2002 00:00