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Un soir, à New York, au CBGB's, une vision punk


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Genre : musique (Mots-clés : )

Genre Ressource : compte rendu

Genre Agenda : musique

Rubrique : 2010-2011

Mathieu BAUER Metteur en scène

Texte : Musicien et metteur en scène,Mathieu Bauer met en scène Please Kill Me une traversée fulgurante dans l'underground du punk new-yorkais des seventies.

Au fond de la scène, appuyés contre un écran blanc, trois hommes et une femme Costars noirs, lunettes noires. La fille s'effondre One, two, three, four Moteur Flash-back New York,
1965, 1966, 1967, 1968. Au CBGB's, célèbre club newyorkais du côté de Manhattan, défilent des groupes aux noms et surnoms invraisemblables qui jouent fort et mal mais qui gueulent leur désespoir et leur mal de vivre dans un ultime sursaut de rage C'est le rendez-vous de tous les paumés, des mômes qui carburent à tout et n'importe quoi, des petites frappes qui rejettent tout, s'improvisent musiciens et formeront des groupes à l'existence aussi fulgurante que légendaire. Ils en avaient après tout et tout le monde,exécraient le mouvement hippy et la musique psychédélique, ne juraient que par Elvis Au CBGB's, tandis qu'Iggy Pop cherchait en vain une veine dans ses bras pour monter sur scène, on balançait sur les musiciens tout ce qui traînait à portée de main, canettes de bière le plus souvent pleines et autres gentillesses.
Mais le jeu préféré du public consistait à leur cracher dessus C'était violent, indécent, obscène mais ça exprimait une révolte jamais nommée, un rejet radical des musiques qui dégoulinaient un rock FM aux arrangements sirupeux, une rupture inconsciente avec un pays qui envoyait ses boys faire la chasse aux Vietcongs. Au CBGB's, on croisait les Stooges, Blondie, Suicide, TalkingHeads, les MC 5, les New York Dolls, Television et les Ramones
One, two, three, four. Un rituel instauré par les Ramones dont la longévité, vingt-deux ans,
relève du miracle Des quatre créateurs du groupe, trois sont morts. Ils ont rejoint au paradis des punks, s'il en existe un, bon nombre de leurs pairs, la plupart morts d'overdose. Iggy Pop, rare survivant de cette époque, est passé entre les gouttes on ne sait comment. Le CBGB's a fermé ses portes il y a peu. Alors voilà, contrairement à ce que
l'on veut bien nous raconter, le punk n'est pas né outre-Manche mais à New York.
Au fond de la scène, quatre acteurs prennent la pose, comme sur une pochette des Ramones, ou d'autres. Et nous, on écoute, e coeur battant au rythme du tempo imprimé par la partition musicale fine, élégante et explosive de Mathieu Bauer, et on redécouvre cette histoire, cette parenthèse désenchantée du rock qu'il a conçue, imaginée et mise en scène avec une belle sobriété Et on prend une claque. Trente ans au bas mot. Bauer s'est inspiré des écrits de Legs Mc Neil et de Gillian Mc Cam. À partir de leurs témoignages drôles, pathétiques, hypnotiques, il construit un spectacle aussi puissant qu'un uppercut sonore qui s'échappe des enceintes saturées. Trente ans, mais c'était hier. C'était ce matin. Et toujours les mêmes démangeaisons rock and rolliennes scandées, murmurées, hurlées par deux acteurs époustouflants, Kate Strong et Matthias Girbig, accompagnés par Mathieu Bauer à la batterie. Sylvain Cartigny à la guitare et Lazare Boghossian aux claviers. Please Kill Me, c'est à la fois un concert de rock et une pièce de théâtre, une aventure dans un univers trop souvent caricaturé, un hommage appuyé à des artistes qui étaient l'underground sans le savoir et qui, en une poignée d'années, ont bousculé le rock. Bauer réécrit ce Conte cruel pour la jeunesse made in USA et on applaudit avec chaleur
M.J. S.

Source Externe : L'humanité 14 mars 2011
Date de publication : 23/03/2011


Période traitée : 2011-03-09
Inséré le : 23/03/2011 16:04