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Anarchy in the Bastille


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Genre : musique (Mots-clés : )

Genre Ressource : texte d'analyse

Genre Agenda : musique

Rubrique : 2010-2011

Mathieu BAUER Metteur en scène

Texte : La base de données est un bouquin de 400 pages publié aux Etats-Unis en 1996 et traduit en France dix ans plus tard (Editions Allia). Dans Please Kill Me, Legs McNeil et Gillian McCain entreprennent de raconter «l'histoire non censurée du punk», ou plutôt de la faire raconter par ses acteurs, le livre étant intégralement constitué de témoignages - McNeil est l'un des fondateurs, en 1974, du fanzine Punk. Le punk dont il est question n'a rien à voir avec les crêtes et autres épingles à nourrice auxquels on associe communément le mot. Et il n'a rien d'anglais : les Sex Pistols et leurs divers épigones britanniques y sont à peine mentionnés. Please Kill Me a pour épicentre le New York des années 70 et pour quartier général, le CBBG, boîte du Lower East Side ouverte en 1973, fréquentée notamment par les Ramones. Mais il a aussi des racines dans le Michigan natal d'Iggy Pop, le fondateur des Stooges.
CHAOS. Livre vivant, même si jonché de morts par overdose, Please Kill Me n'a pas la prétention de l'épopée, et ce n'est pas ainsi que le metteur en scène Mathieu Bauer l'aborde. Ni revival, ni plongée nostalgique, son spectacle tient plutôt de la lecture partagée : il s'agit de feuilleter le livre en compagnie des spectateurs, comme lui-même l'a fait sans doute la première fois qu'il est tombé dessus et comme lui et les interprètes ont procédé durant les répétitions. Sur scène, il ne cherche pas non plus à reconstituer un club de l'époque. Les acteurs musiciens (dont Bauer himself à la batterie, Sylvain Cartigny aux cordes et Lazare Boghossian aux claviers) ne singent rien ni personne, s'inspirant seulement de pochettes de disques de l'époque pour des portraits de
groupe qui sont d'abord des clins d'oeil. Pour raconter le punk, Mathieu Bauer garde un sens de la dérision dont le récit des premiers concerts des Ramones en Angleterre sous des torrents de crachats donne le ton. La musique suit le mouvement, avec deux chanteurs (Kate Strong et Matthias Girbig) qui ne se prennent pas pour ce qu'ils ne sont pas, un certain sens de la mesure étant encore le meilleur moyen d'aborder le chaos. Ce qui ne les empêche pas de réinterpréter des tubes de l'époque, dont le Blank Generation de Richard Hell.
Cofondateur du collectif Sentimental Bourreau, Mathieu Bauer, qui a toujours associé musique et théâtre, revendique une esthétique de la «fragmentation». Musicien de formation, il reconnaît volontiers que le punk n'est pas sa première tasse de thé («J'ai écouté les Clash comme tout le monde, mais je préfère des choses plus élaborées que le 12 3 4 ! des Ramones»). Mais il dit être toujours sensible à l'énergie d'un mouvement qu'il ne perçoit pas comme nihiliste, «Pour les musiciens de l'époque, seul le présent importe. Le "No Future", c'est largement bidon, encore un produit de marketing inventé par Malcolm McLaren. »
«PROMENEUR». Bauer, qui doit prendre en juillet la direction du Centre dramatique national de Montreuil (Seine-Saint -Denis), où il succède à Gilberte Tsai, se définit comme un «promeneur». «Ma vraie passion, c'est d'aller chercher des champignons. Quand on se promène, on peut se perdre, butiner, revenir en arrière, et ne laisser personne de côté. » A Montreuil, il ambitionne de mettre en place une «veille artistique», avec des acteurs présents en permanence dans le théâtre, et la volonté d'imaginer un «feuilleton à l'échelle de toute la ville».

René Solis

Source Externe : Libération 15 mars 2011
Date de publication : 23/03/2011


Période traitée : 2011-03-09
Inséré le : 23/03/2011 15:40