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Please kill me au Théâtre de la Bastille.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Genre : musique (Mots-clés : )

Genre Ressource : texte d'analyse

Genre Agenda : musique

Rubrique : 2010-2011

Mathieu BAUER Metteur en scène

Texte : Adapter sur scène, en une heure trente, un livre de témoignages de plus de 600 pages est un challenge évident. Quand ce bouquin est une histoire du punk US par ses acteurs- avec l’urgence, l’ironie, le trash, que cela suppose, la barre est placée encore plus haut. Alors quand on ressort plein de fougue, transi, enthousiaste et ému du Théâtre de la Bastille après avoir vu « Please kill me » où Mathieu Bauer met en scène des fragments de l’ouvrage éponyme de Legs McNeil et Gillian McCain, on se dit que le metteur en scène ne se contente pas d’un hommage à cette période fondatrice de la musique mais qu’il réussit également un véritable tour de force.
Bauer réussit à pas vouloir tout dire, tout citer. Il parvient à restituer l’énergie, la vigueur et l’outrage narquois de cette espèce d’Âge d’Or du tout est possible, à offrir une lecture à la fois drôle et inquiétante, nerveuse et attachante du petit monde qui tournait à la fin des 70’s autour du CBGS’s. Cela passe par un casting impeccable. Outre Sylvain Cartigny, Mathieu Bauer et Lazare Boghossian qui jouent live l'accompagnement sonore omniprésent, les formidables Mathias Girbig et Kate Strong donnent leur voix et leurs corps aux différents témoins (Iggy Pop, Malcom Mac Laren, Joey Ramones, etc…). Ils ne les singent pas vraiment, ils les incarnent plutôt en livrant des interprétations remarquablement bien senties, pleines de tensions, de vitalité nerveuse et rageuse.
Ils réussissent tous les deux, qu’ils lisent, récitent, chantent ou dansent à nous faire ressentir une certaine idée de la démesure nihiliste de l’époque avec, peut être paradoxalement, infiniment de subtilité. En effet, là où ils pourraient se complaire dans une facilité trashy et vainement provocatrice, ils mettent autant d’intelligence que d’émotion dans leur jeu. Sous la fureur et l’urgence, il n’y avait pas forcément de réflexion, mais de l’affect et de la sensibilité à fleur de peau assurément. Et, dans leurs corps, dans leurs voix sous la direction de Bauer, le punk n’est pas juste un petit con qui vomit son trop plein de bière en faisant larsener les amplis. Ça va bien au-delà et bien au-delà aussi des interprétations politiques sur la lutte des classes. Ils rendent compte d’un mode de vie, d’une esthétique, d’un fait culturel.
Le bilinguisme, ces mots qui s’affichent en arrière fond, les discours qui s’entremêlent et se répondent semblent illustrer toute cette complexité. A l’instar également de la prestation de Kate Strong en particulier, homme ou femme, violente ou tendre, rigolarde ou grave, elle est tout à la fois. Mathias Girbig ne démérite pas, et c’est un euphémisme. Il est juste peut être plus facile à saisir. Cela ne l’empêche pas, loin s’en faut, de se révéler tour à tour précurseur oscillant entre fascination et incrédulité ou icône punk/glam extrêmement crédible.
C’est une grande sincérité qui traverse ces performances et c’est dans cette réappropriation que se joue le tempérament et la puissance de cette pièce, entre théâtre et comédie musicale.
La liberté et la spontanéité qui émanent autant de la mise en scène, que du jeu des acteurs et de l’accompagnement musical, mêlée à une belle rigueur chorégraphique, ainsi que cette manière d’adopter la densité comme manière de faire font de « Please, kill me » une excellente surprise autant qu’une très belle découverte.
Le public ne s’y trompe pas: la salle est comble et les représentations sont prolongées jusqu’au 26 mars.
Laure Dasinieres

Source Externe : notfortourist.com
Date de publication : 23/03/2011


Période traitée : 2011-03-09
Inséré le : 23/03/2011 14:45