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Inquiétante Absinthe qui vous monte à la tête.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Genre : théâtre (Mots-clés : )

Genre Ressource : compte rendu

Genre Agenda : théâtre

Rubrique : 2010-2011

Pierre-Yves Chapalain auteur

Texte : Pierre-Yves Chapalain met en scène son texte, Absinthe, au Théâtre de la Bastille. Pièce étrange dont la musique vous tient en haleine jusqu'au dénouement final.
Une famille, tout ce qu'il y a de plus ordinaire. Le père, la mère, le fils et la fille habitée par un drôle d'esprit pas très sain qui lui parle dans le creux de l'oreille. L'action se déroule quelque part, dans une ville sans nom, séparée de la mer par une digue, en plein carnaval
Mais voilà qu'une clameur assourdie s'échappe du défilé et échoue par à-coups dans le salon jusqu'ici préservé du cercle familial tandis qu'au loin la mer dévoile son mystère et finira par attirer l'héroïne dans ses flots noirs et profonds.
La pièce est à la fois inquiétante et drôle. Et l'on rit devant l'extravagance des propos, l'incongruité des situations Inquiétante, elle explore les recoins de l'âme humaine avec une intelligence à fleur de peau qui s'épanouit au fur et à mesure que le spectateur est happé par ce qui se trame sur scène, oscillant sans cesse entre tranquillité et intranquillité. L'apparente simplicité des choses (conflit générationnel, turbulences dans le couple) et la noirceur contenue jusqu'à l'extrême dessinent la trame d'une pièce noire comme un roman, tout en tension, où les névroses familiales se croisent et rivalisent d'ardeur, dévoilant un secret de famille que des éléments extérieurs de ce premier cercle contribueront à briser. Le carnaval, la mer apparaissent dès lors comme des éléments inquiétants, bien loin des clichés pour touristes, comme une nature hostile et agissante, renforçant la fragilité humaine. La folie est là, à l'affût au milieu des effluves qui émanent de ce vieil alcool qui autrefois rendait fou certains artistes et qui, ici, n'est rien d'autre que le prénom de la jeune fille. Pierre-Yves Chapalain, auteur et metteur en scène, relève le défi avec une distanciation qui ne dit pas son nom mais lui permet d'être juste au bon endroit, de ralentir l'action comme de lui donner des coups d'accélérateur qui s'entendent comme autant d'éclairages qui font tanguer l'action jusqu'au dénouement final. Et on saisit
par la musicalité de la langue, son tempo qui oscille entre réel et fantastique. C'est rondement mené, assez gonflé finalement, porté par des acteurs qui ne font pas semblant et dont la présence, ensemble ou séparément, participe de cet étrange ballet (Patrick Azam, Philippe Frécon, Pemne Guffroy, Laure Guillem, Margaret Zenou, avec une mention particulière pour Catherine Vinatier qui incarne la mère dans toute son ambiguïté). La partition musicale (de Yann le Hérissé) comme la subtilité des éclairages (Grégoire de Laffont) ajoutent leur part de mystère à cette Absinthe inquiétante.

MARIE-JOSE SIRACH

Source Externe : L'Humanité 24 janvier 2011
Date de publication : 25/01/2011


Période traitée : 2011-01-13
Inséré le : 25/01/2011 16:16