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Identité
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Genre : théâtre (Mots-clés : )
Genre Ressource : portrait
Genre Agenda : théâtre
Rubrique : 2010-2011
Gérard Watkins auteur
Texte : Un spectacle comme un fil bien tenduDans un lieu blanc comme un long hiver, un homme, une femme. Récit glaçant d’une déliquescence. Si ce qui questionne et appuie là où ça fait mal est beau, alors c’est un très bel acte théâtral.
L’auteur et metteur en scène Gérard Watkins s’est mis en colère lorsque l’amendement Mariani (celui des tests ADN autorisés en cas de regroupement familial) a failli être adopté. De cette colère, il s’en est nourri pour écrire
Identité. C’est l’histoire d’un couple d’aujourd’hui, qui na pas l’air de faire grand-chose, à un pas de la misère. L’histoire d’une étiquette sur une bouteille de vin, qui propose de l’argent pour on ne sait pas trop quoi. L’histoire de positions qu’on prend.
« Une tragédie contemporaine, sans cri, sans violence. » Voilà. Ce à quoi on assiste, comme si on retenait longuement son haleine, sans se reposer jamais, c’est à l’érosion inexorable de quelque chose qu’on ne sait pas nommer. La liquéfaction de l’humain. L’agonie lente d’un amour. La fin interminable d’un moment, ou d’une vie, d’un temps qu’on ne sait plus mesurer. C’est incroyable. Marion et André Klein sont au bord de la pauvreté. L’une a travaillé beaucoup, plus que lui, et lui moins mais plus intensément. Toujours est-il que sans le dire on voit qu’ils en sont là, au bord du gouffre, sans le sou. Comme dans un temps d’irrationalité pure, où on se met à faire la grève de la faim pour son épanouissement personnel, et à trouver de la poésie sur une étiquette de bouteille de vin. Et, d’une étiquette on passe à une autre, qui propose de l’argent pour participer à une sorte de test. Un numéro vert à appeler. Et cette trame simple et implacable va mener ces deux personnes à se poser des questions qu’ils ne pourront plus contourner, des questions qu’on ne se pose pas parce qu’elles nous obligeraient à nous définir. C’est en ça que ça parle d’identité.
PercutantLe texte de Gérard Watkins est magnifique, et sa mise en scène dans sa continuité. C’est un peu comme du cinéma en plus brutal, en moins confortable. Le naturalisme est de mise dans le jeu des comédiens, sauf qu’on n’a pas le montage pour nous éviter la confrontation avec ceux qui parlent. On n’a pas l’espace de s’échapper, et c’est tant mieux. Tout est d’une traite, tout est à vu. Pas de découpage à l’aide de lumières, pas de réel décor, juste quelques traces de décors, qui font se dire que cet endroit a du être vivable. Pas de bande-son non plus. Juste deux acteurs, qui sont là, qui disent un texte qui nous prend par surprise, qui d’un échange qu’on croirait banal se barre dans de la poésie pure, puis revient comme si de rien n’était. Comme si la langue quotidienne nous été révélée. Jamais d’adresse publique et pourtant le propos est frontal. Ca parle d’une histoire particulière, et pourtant ça ratisse très large. Et ça pose des questions fondamentales, sans jamais apporter de solution, sur ce qui forge son identité propre, sur les choix qu’on fait, sur ceux qu’on n’a pas mais qu’on fait semblant de faire, sur le positionnement qu’on prend, soi, par rapport aux autres, sur ce qu’on tient pour essentiel, sur ce qu’on veut décider d’être, sur la liberté qu’on a de décider quoique ce soit. Sur l’assurance qu’on a que nos parents sont nos parents.
Matthias Claeys
Source Externe : Théâtrorama
Date de publication : 13/01/2011
Période traitée : 2011-01-10
Inséré le : 13/01/2011 15:05