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Tartuffe d'après Tartuffe au Théâtre de la Bastille.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Genre : théâtre (Mots-clés : )

Genre Ressource : texte d'analyse

Genre Agenda : théâtre

Rubrique : 2010-2011

Gwenaël MORIN Metteur en scène
Molière auteur

Texte : J’aurais bien eu peine à croire que le Tartuffe de Molière puisse un jour (re)devenir une pièce contemporaine, abordable, drôle et vivante! C’est pourtant le pari que réussit Gwenaël Morin et sa troupe au Théâtre de la Bastille.
Je garde en souvenir de laborieuses séances de lectures du « grandauteur » lorsque j’étais collégienne: absorbée par les rimes, je n’y comprenais rien, sans compter que nos professeurs ne se donnaient jamais la peine de nous expliquer le sens de mots comme « courroux » ou « hymen ». L’ennui et l’incompréhension ont fait que je n’ai jamais relu Molière, le relayant au rang des lectures à visée pédagogique avec La Fontaine et (à tord) Balzac. De fait, jamais je n’avais vu jouer une de ses pièces par peur d’un spectacle rébarbatif.
Mais, le Woycek d’après Woycek présenté la saison dernière m’a tant marquée que la curiosité a largement pris le pas sur la peur de m’ennuyer… Et, cette curiosité, en sortant de la salle, je la chéris car ce moment a été un pur régal d’intelligence en matière de mise en scène ainsi que de direction et de jeu d’acteurs. Une vraie réussite, l’explosion d’un théâtre dynamique, actuel, urgent.
La carte de Morin, c’est de tout miser sur la modestie, et surtout de prendre le contre pied des convenances théâtrales: pas question de lustres ici, le décors- à dominante vert fluo, c’est vous dire qu’il n’est pas superstitieux, est d’une sobriété qui frôle l’ascétisme. Les costumes? Des vêtements de tous les jours, ni plus, ni moins. Les accessoires? Pas grand chose.. L’inventaire serait vite fait…  On fait avec les moyens du bord, quitte d’ailleurs à ce que des rôles féminins soient interprétés par des hommes- hommes qui ne contrefont d’ailleurs pas des attitudes féminines, mais jouent des rôles, tout simplement.
Mais, quand d’autres se cachent sous des atours pour mieux masquer l’indigence de leur mise en scène et le piètre jeu d’acteurs médiocres, Gwenaël Morin fait du dénuement un force, un art de faire qui lui permet de donner toute la place à la parole et au mouvement des corps.
Et, le résultat est d’une justesse remarquable. Non seulement on écoute vraiment le texte mais en plus on est pris par la dynamique du jeu épatant des acteurs qui déploient une énergie formidable, courant, sautant, gravissant les marches, sans nous donner le temps de souffler. Chacun de leur geste parvient, malgré, parfois, le grotesque obligé des attitudes, à être toujours à propos et souvent d’une drôlerie aussi fine qu’incontestable, des postures Hulkesques d’Ulysse Pujo aux revers de franges de Julian Eggerickx (en Marianne)… Contrepartie, la douleur est également présente, et Grégoire Monsaingeon est un Orgon précieux, parfait homme trahi et spolié à en perdre la foi, terriblement émouvant.
Le texte de Molière se révèle comme touché par une grâce ultra moderne, sa pièce devient une tragicomédie où transparait la noirceur de l’âme humaine- encore là, Julian Eggerickx, lorsqu’il passe au rôle de Tartuffe, fait des prouesses et se vets d’une perversité dont on aurait jamais cru capable un personnage de Molière !
Entre pop culture et expérimentations, Gwenaël Morin ne choisit pas et invente un théâtre audacieux, fiévreux et proche de nous. Une réussite à voir d’urgence et jusqu’au 31 octobre au Théâtre de la Bastille.
Laure Dasinieres

Source Externe : Notfortourist.oct
Date de publication : 06/10/2010


Période traitée : 2010-10-27
Inséré le : 06/10/2010 14:56