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Mousson d'été, maigre moisson.
L'inattendu et le diable en partage.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Fabrice MELQUIOT auteur
Texte : Deux spectacles émergent du fourmillant festival lorrain.
Surélevée comme un ring de boxe ou un podium de foire, la scène est un lit. Dedans, l'Homme et la Femme endormis. Dessus, l'Autre homme, désenchanté.
«Il n'aura pas de spectacle, il n'y en aura plus, puisque j'aime. J'aime nom d'un chien, vous partez en week-end au bord d'un canal qui n'a son nom sur aucune carte, un canal qui doit son nom au bouche à oreille, vous vous dites les brochets, les carpes, la petite friture, rien de tel pour mettre de côté le spectacle et le job et le stress de notre ordinaire, on en reviendra frais comme un gardon, on retournera au spectacle puisque c'est mon job et mon ordinaire, vous partez taquiner le goujon, vous revenez, vous aimez, nom d'un chien c'est trop con. » est un inédit de Fabrice Melquiot, jeune auteur de 30 ans et seul Français de sa génération à être publié aux éditions de l'Arche. Présentée en lecture, dans la foulée de trois courtes répétitions seulement, par Yann Colette, Agnès Sourdillon et Charlie Nelson, tous trois en grande forme (dirigés par Véronique Bellegarde), la pièce restera comme l'une des rares bonnes surprises de cette Mousson d'été. Le rendez-vous, consacré aux écritures contemporaines et animé depuis sept ans à l'abbaye des Prémontrés de Pont-à-Mousson par Michel Didym, aura connu une édition fourmillante de rencontres entre artistes d'Amérique latine et d'ici, avec des acteurs excellents souvent déchaînés, mais assez faible en texte.
Télescopage. Ma Vie de chandelle recycle avec efficacité l'increvable trio du mari, de la femme et de l'amant. Sauf que l'amant, c'est plutôt l'homme qu'il aime, alors il fait le chien de compagnie. Son métier d'avant c'est chauffeur de salle. D'ailleurs l'histoire s'achève sur un plateau télé façon realityshow, où le mari, assureur hypocondriaque, finira par se tirer une balle sur l'injonction du chauffeur-chien-robot télé-
visuel pour le bonheur de son «bon p'tit public». Très drôle, un poil longuette peut-être, la pièce dopée au jeu de mots démultiplie les niveaux d'adresse et télescope le langage pour pointer l'obscène violence du tout-spectaculaire avec un sens réel de la scène.
Avant de passer à l'écriture, Fabrice Melquiot a été acteur chez Emmanuel Demarcy-Mota qui monte à la rentrée deux de ses pièces au Théâtre de la Bastille, l'Inattendu et le Diable en partage, inspirées de séjours en ex-Yougoslavie. A l'origine de Ma vie de chandelle, un exercice de zapping intensif au pays de Berlusconi. Né à Modane, ville frontière de Haute-Savoie, Fabrice Melquiot n'est pas de ces auteurs qui travaillent à heure fixe entre les mêmes quatre murs. Il écrit vite, beaucoup -dix-sept pièces en deux ans-, mais a besoin de rencontres, de voyages. Ses précédents textes, notamment ceux classés au rayon jeunesse, témoignent d'une vision plus humaniste, parfois sentimentale avec une candeur revendiquée. On lui préfère l'ironie délurée de Ma Vie de chandelle.
Bidouillés. Restera aussi de cette Mousson le souvenir d'un formidable moment de déconnade théâtrale et radiophonique avec Secrets de famille de Tanguy Viel (sur France Culture le 10 septembre à 20h30). Un remake de Phèdre sauce sitcom, la blague vacharde d'un auteur en panne face à la commande et qui a d'abord rebuté les acteurs avant de les inspirer jusqu'au délire, sous la direction de Claude Guerre qui n'en demandait sans doute pas tant. «La famille Delacour est au bord de l'éclatement» : le slogan digne d'Amour, gloire et beauté introduit systématiquement le résumé de «l'épisode précédent» avant de laisser place aux vers de Racine, à peine bidouillés par Tanguy Viel. Yann Colette, décidément survitaminé, en a tiré d'inépuisables contrepèteries. Avec lui, Agnès Sourdillon, Jean-Yves Dubois, Jacques Vincey et Christine Murillo ont surpris l'auteur à son propre jeu. Espérons qu'à la retransmission, la partie ne sera pas trop nettoyée
Maïa Bouteillet.
Source Externe : Libération 28 aout 2002.
Inséré le : 28/10/2002 00:00