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Une Anthlogie de l'optimisme au Théâtre de la Bastille
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Genre : théâtre (Mots-clés : )
Genre Ressource : reportage / enquête
Genre Agenda : théâtre
Rubrique : 2009-2010
Texte : Alors qu’il y a une trentaine d’année, le No Future était le cri de ralliement des rebelles, et si aujourd’hui, la véritable subversion c’était l’optimisme critique et (ré)actif?
Voici résumé rapidement le propos d’
« Une anthologie de l’optimisme » de Pieter De Buysser et Jacob Wren jusqu’au 11 juin au Théâtre de la Bastille. Optant pour un mode de lecture performance, à mi chemin entre conférence et spectacle, les deux complices livrent avec une intelligence jubilatoire et un humour fin et salvateur une réflexion sur l’optimisme. Armés de leur rétroprojecteur, de large cartons de couleur, de contributions extérieures recueillies en amont, d’un matériel sonore et de beaucoup de subtilité, d’inventivité et d’esprit, ils vont débattre ensemble de ce concept.
Le postulat de départ est que nos sociétés capitalistes et sécuritaires sont naturellement pessimistes par leur manière d’envisager le politique et le social. Mais qu’également chez les artistes et penseurs contemporains, le pessimisme semble être la norme. Le sens commun lui-même ne nous pousse t-il pas à croire que l’optimisme est l’apanage des naifs et des béats qui n’ont pas une vision lucide du monde dans lequel nous vivons?
Jacob, c’est le pessimiste, il a le désir de ne plus l’être mais n’y parvient pas, regardant le monde sous le prisme du désenchantement, et n’y voyant que ses atrocités qu’il juge, de prime abord, insolubles si ce n’est par des méthodes de type abolitions anarchistes, genre suppression de la monnaie… Il n’est pas bête, loin s’en faut, juste absolument désillusionné.
Pieter, lui, c’est l’optimiste. Mais il n’est pas béat, loin d’être le Candide Voltairien, il ne considère pas que
« Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles » . Il regarde le monde avec une certaine objectivité mais il croit… Il croit en quelque chose… Aux petites initiatives locales qui peuvent faire changer les choses… Peut être cela pourrait il se résumer en une croyance en la faculté de l’homme à réagir et innover à partir de ce qui existe déjà , en bien ou en mal.
Car, ce qui émerge rapidement de ce débat ludique, c’est une apologie d’un optimisme critique, en action. Car tout autant que le pessimisme tend vers la complaisance dépressive, l’optimiste qui n’agit pas ne sert à rien. On peut être à l’instar de Chomsky grave et optimiste et affirmer
« que quelqu’un soit optimiste ou pessimiste est une question de personnalité sans intérêt.On peut poser la question comme ceci. J’ai deux possibilités:la première est d’assumer qu’il est possible d’améliorer les choses, la seconde qu’il n’y a rien à faire. A partir de là, c’est le pari de Pascal. Si j’opte pour la seconde alternative, si je considère qu’on ne peut rien faire,alors on peut garantir que le pire va survenir. Si je fais le choix optimiste, alors peut-être que ça va changer. On ne sait rien d’autre ».Vous allez peut être ici penser qu’
« ne anthologie de l’optimisme » se destine à un public d’avertis philosophes qui ne s’entendent que par d’obscures références communes et d’absconses private jokes… C’eût été le cas, je n’en parlerais même pas ayant souffert de cet état d’esprit durant mes années de doctorante… Même les initiés s’ennuient et miment des signaux phatiques quand bien même ils piquent du nez.
Or, dans ce vrai-faux jeu de joute verbale, le duo, s’il emprunte les voies de la conférence, souvent cela dit, sur le mode du pastiche réjouissant, tient plus du couple « comique » (j’utilise ici sciemment les guillemets car on est loin d’Eric et Ramsy , quand même…) que de la paire de philosopheurs médiatiques sans recul sur leurs propres point de vue (et pénibles de surcroît). Car si cette « Anthologie de l’optimisme » titille l’intellect, elle le fait de façon joyeuse et accessible.
Une bonne humeur en partie liée à la complicité qui unit Pieter De Buysser et Jacob Wren et à leur « jeu » d’une spontanéité et d’une légèreté salutaires, ainsi qu’au dispositif scénique et à ses différents effets DIY . Les contributions qui nous sont proposées par des artistes et autres personnalités intellectuelles ou politiques pour dessiner avec Pieter De Buysser et Jacob Wren les contours d’un optimisme critique prennent la forme de photographies, textes, sculptures, chansons rentrent dans cette perspective de réflexion ludique, ce pour notre plus grand plaisir et sans pour autant imposer un dogme.
Je suis ressortie de la salle d’un pied léger, confortée dans ma volonté d’agir localement (ce site n’est -il pas en lui-même une initiative visant à s’opposer modestement au conformisme culturel?) et avec l’envie de poursuivre le débat!
Un excellent moment de jubilation fine et brillante que l’on savoure bien au delà de la fin de la représentation.
Source Externe : N.F.T
Date de publication : 07/06/2010
Période traitée : 2010-06-07
Inséré le : 07/06/2010 18:12