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Une carte de Tendre structuraliste et théâtrale
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Genre : théâtre (Mots-clés : )
Genre Ressource : reportage / enquête
Genre Agenda : théâtre
Rubrique : 2009-2010
Roland BARTHES auteur
Arnaud Churin Metteur en scène
Texte : Les « Fragments d'un discours amoureux », de Roland Barthes, transposés sur scène avec succès.
Aux Lecteurs - aux Amoureux - Réunis", est-il écrit à la craie sur le petit tableau noir posé sur le plateau. Lecteurs, amoureux, et spectateurs : au Théâtre de la Bastille, Arnaud Churin porte les célèbres
Fragments d'un discours amoureux, de Roland Barthes, à la scène. Ainsi incarnées, les "figures" qui composent l'étonnante carte de Tendre structuraliste dessinée par l'écrivain gagnent en saveur concrète, et en humour.
Sur le plateau, il y a donc deux comédiens, Arnaud Churin lui-même et Scali Delpeyrat, habillés avec l'élégance un peu cossue qui était celle de Roland Barthes, et une danseuse, Luciana Botelho. Les hommes parlent, elle pas : elle actionne toute une petite installation à base de couvertures de survie dorées, de cordes et de pinces à linge. Sur les bords de scène sont installés des gens : spectateurs ou acteurs ? A la mi-spectacle, ils viennent faire un petit tour en scène, puis retournent sur leurs chaises.
Cette tentative de trouver une forme scénique, gymnastique, chorégraphique, aux "figures" de l'amour créées par Barthes, on peut l'oublier bien vite, tant elle est anecdotique. Ces
Fragments version théâtre valent pour ce qui se passe entre une pensée, une langue d'une suprême élégance et deux comédiens qui s'en emparent pour jouer avec dans une sorte de modestie et d'étonnement permanent face à ce qu'ils découvrent.
Leur plaisir est évident et communicatif, et leur capacité à rendre éminemment théâtral ce petit théâtre intérieur de l'amour, avec ses figures imposées comme au patinage artistique - la rencontre, le ravissement, l'attente... - vraiment réjouissante.
Kit de survieChacun peut en ressortir avec son montage personnel, son petit kit de survie face aux scènes primitives de l'amour - on aime beaucoup, au chapitre "ravissement", cette perle du grand racinien qu'était Barthes :
""Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue. Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue" : le coup de foudre se dit toujours au passé simple."Cet usage des Fragments était exactement ce que souhaitait Barthes :
« Ce qu'on a pu dire ici de l'attente, de l'angoisse, du souvenir, n'est jamais qu'un supplément modeste, offert au lecteur pour qu'il s'en saisisse, y ajoute, en retranche et le passe à d'autres (...). Le livre, idéalement, serait une coopérative : "Aux Lecteurs - aux Amoureux - Réunis." "Cela tombe bien : c'est exactement ce que permet la communauté théâtrale.
Fabienne Darge
Source Externe : Le Monde
Date de publication : 07/05/2010
Période traitée : 2010-05-07
Inséré le : 07/05/2010 18:31