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Woyzeck d’après Woyzeck de Büchner au Théâtre de la Bastille


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Genre : théâtre (Mots-clés : )

Genre Ressource : compte rendu

Genre Agenda : théâtre

Rubrique : 2009-2010

Georg Büchner auteur
Gwenaël MORIN Metteur en scène

Texte : Pièce étonnement moderne pour son époque, le milieu du 19 éme siècle, et du coup très actuelle aujourd’hui, plus de 150 ans après, le Woyceck du dramaturge allemand Büchner est à l’affiche du Théâtre de la Bastille dans la mise en scène à la fois ébouriffante et poignante de Gwenael Morin.
Le personnage du soldat Woyzeck incarne l’angoisse d’un homme devant un monde dont il ne comprend ni le sens ni la justification. Ce mal le mène à un crime passionnel, lorsque sa seule certitude, l’amour d’une femme, s’évanouit.
Constituée de fragments scéniques, inachevée, touchant aux problématiques de l’aliénation, de la folie et de la pauvreté, Woyceck semble sur tous les fronts une pièce ardue, extrême, un véritable challenge pour tout metteur en scène et toute troupe d’acteurs…. que Morin relève avec tact, intelligence et créativité pour livrer une lecture du texte extrêmement vivante, enflammée et palpitante.
Si dans le fond, la pièce impressionne plus par son rythme que par sa substance - l’intrigue est court-circuitée dans la mesure où Büchner n’en a jamais achevé l’écriture, il parvient à la rendre on ne peut plus captivante en trouvant sans discontinuer des procédés scéniques piquants et inventifs comme lorsqu’au tout début Woyceck et son collègue feignent de couper des baguettes en faisant grincer leurs violons avec des archets ( procédé transposé sans impression de redite lorsque Woyceck rase son capitaine) Il fait ainsi fourmiller la pièce, en elle même sombre et terrible, de détails insolites et souvent réjouissants.
Une grosse caisse  omniprésente renforce sans discontinuer l’impression de rythme aussi échevelé que fragmenté et pesant, oppressant inhérent à la pièce et à sa structure. Il entête et à la réflexion semble symboliser la folie qui atteint Woyceck.
Mais, le plus intéressant est sans doute son travail de direction d’acteurs… Du casting au moindre geste de chacun, tout semble coller à merveille sans pour autant paraître familier ou évident.
Grégoire Monsaingeon qui incarne Woyceck livre un numéro d’acteur en tous points remarquable. Intense, débordant d’énergie, fort, il donne à ce personnage tour à tour misérable, ardent, oppressé, fou… toute son ampleur et toutes ses ambiguïtés. C’est un personnage de l’absurde, perdu dans ses complexités et celles du monde… Et Monsaingeon lui donne une humanité débordante, ce quelque chose d’urgence et de fièvre dont on ne sait trop vers quoi il est orienté. On s’y attache autant qu’il nous effraie, grand enfant à tendance psychotique, extrême et furieux.
Julian Eggerickx, tout en précision corporelle,  tour à tour capitaine et tabour major (sourd) fait également des merveilles dans l’incarnation de protagonistes ambigüs, tantôt sympathiques, tantôt énigmatiques, tantôt terrifiants.
Tous deux font figure de clowns glaçants, incontrôlables. Woyceck devient un pantin sur -articulé mû par une force aussi indomptable que soudaine, animée par des voix intérieures qui lui soufflent de saigner à mort la chienne.
Cette « chienne » c’est Marie, sa compagne illégitime, la mère de son enfant, la putain du village. Barbara Jung l’interprète toute entière, juste à la frontière du grotesque. Quant à Virginie Colemyn qui donne corps à divers personnages (voisine pudibonde, patronne de bar et médecin psychotique), elle excelle à changer de registre et on croirait parfois qu’elle n’est pas une seule et même personne.
De façon évidente, la force de la pièce est qu’elle est le fruit d’un travail collectif et dynamique- on le perçoit en permanence dans l’interaction des acteurs, la part d’improvisation malgré une chorégraphie que l’on devine extrêmement réfléchie mais non moins flexible. L’énergie déployée et l’intelligence théâtrale à tous les niveaux permettent de combler les vides de l’inaboutissement de l’intrigue.
On ressort de la pièce éreinté, on aura ri – car Büchner n’oublie jamais le caricatural et le grotesque de ces personnages populaires, on aura frémi, on aura été heurté,on se sera interrogé, emmené par une cadence effrénée.
Woyceck d’après Woyceck nous fait violence assurément, mais pour mieux questionner les violences sociales et psychologiques sous-jacentes. Difficile, inconfortable et frénétique, elle n’en est pas moins la démonstration d’un théâtre indispensable, à la fois extrême, expérimental et populaire.

Source Externe : not for tourists paris
Date de publication : 11/03/2010


Période traitée : 2010-03-05
Inséré le : 11/03/2010 15:16