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Un joli coup d'archet.

L'inattendu


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Emmanuel DEMARCY-MOTA Metteur en scène
Fabrice MELQUIOT auteur

Texte : Une jeune femme parle seule dans sa chambre. Un peu sorcière : miroirs, fioles, confins de lueurs. Elle se souvient de l'homme qu'elle a aimé, qu'elle aime. Une passion : il lui manque, il lui manquera toujours, elle n'en dort plus. Peu importe s'il a existé ou non : elle a été et sera toujours veuve. La passion, si elle doit durer (car il est des passions durables), conçoit toujours un objet irréel, introuvable ou inaccessible.
Il n'y a aucune énigme, même si elle divague, même si on ne comprend pas tout. Ce qu'on sait d'emblée, c'est qu'il ne reviendra jamais, cet amour-là, sauf en songe. Fini. c'est fini, mais ça ne finira jamais. Insomnie, tourment, chagrin. L'absence est complète, définitive, irrémédiable. La femme s'appelle Liane, un nom de lionne fin de siècle, qui lui va bien. On croit qu'elle divague et qu'elle brouille les cartes du désir, mais non, tout a un sens dans les méandres de sa douleur et dans son ressentiment, si l'on consent à l'écouter.
On songe au monologue de Molly Bloom à cause de la confusion des sentiments, à cause du travail de la mémoire, je ne sais quoi de lancinant et lacunaire, mais on se croirait plutôt dans un conte de Grimm ou d'Andersen dont on aurait oublié qu'ils sont si
modernes. L'auteur nous confie dans le programme qu'il est parti en Afrique avec l'idée de ce texte : a-t-il été touché par un vertige, un charme, un mauvais sang ?
Marie-Armelle Deguy, seule en scène sous la direction du jeune metteur en scène Emmanuel Demarcy-Mota, nous montre toutes les facettes de son talent. Elle s'expose, elle s'exprime, elle se mouille.
Mais, Dieu merci, elle ne se roule pas par terre, elle ne s'arrache pas les cheveux ; elle évite les affres, les simagrées, toute la panoplie du délire. Aucune hystérie : elle ne se prend pas pour Médée ou Lady Macbeth. Elle se contient. Il y a dans son jeu des arêtes froides, des contours arides, des trous silencieux, qui équivalent à de la clarté. Un joli coup d'archet, précis et bref. Ce n'est pas si flou, l'inquiétude.
« L'Inattendu », oui. « L'Eperdu » était peut-être un meilleur titre. En tout cas, c'est inespéré.

Frédéric Ferney.


Source Externe : Le Figaro 28 septembre 2002.


Inséré le : 25/10/2002 00:00