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Meunier, tu rêves?
Le Tas.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Pierre Meunier Metteur en scène
Texte : Quoi de plus idiot qu'un tas ? Cela ne ressemble à rien. Et d'ailleurs tout le monde s'en fiche. S'intéresser aux tas relève de la perte de temps, voire de la mélancolie. Et pourtant... Après s'être penché sur les masses d'air avec
L'Homme de plein vent, puis heurté à l'irréductible dynamique du ressort avec
Le Chant du ressort, voilà que Pierre Meunier s'attarde devant ce qu'il y a de plus inexpressif au monde : le tas. Des mois durant, il a vécu avec un amoncellement de gravats. Tournant autour, scrutant sa matière, observant ses modifications, il en a tiré des enseignements peu ordinaires : Le tas, on le pense immobile. Pourtant, il ne faut pas oublier que Galilée qualifiait l'immobilité de "lenteur infinie". Il s'agit là d'une vitesse qui nous dépasse en ce qu'elle est bien au-delà de notre perception limitée. En réalité, le Tas ne cesse de s'écrouler conformément à sa disposition qui est d'aller vers l'étalement. »
Cela fait déjà longtemps que Pierre Meunier pratique un art de moins en moins courant de nos jours, l'art de s'arrêter. Intitulé simplement
Le tas , son nouveau spectacle propose ainsi un autre usage de la durée. « On est toujours pris dans des vitesses, des tourbillons. Là, il s'agit de freiner légèrement. Quelque chose que l'on ne s'autorise pas assez. Ce qui est dommage, car il en résulte aussitôt une sensation de confort, dont on réalise à quel point elle nous fait cruellement défaut. D'un coup, toutes les facultés se réveillent, pétillement intérieur, jubilation... »
Pierre Meunier est un rêveur lucide, adepte d'une contemplation active. Venu du cirque -il a travaillé avec Annie Fratellini et Pierre Etaix-, comédien chez Zingaro, Matthias Langhoff ou François Tanguy, il s'est installé près de Saint-Etienne dans une usine désaffectée, où ses spectacles jaillissent de sa confrontation avec l'environnement. Comme ce tas, par exemple, qui lui est pratiquement tombé dessus pour se transformer bientôt en une fascinante énigme. Il découvre alors que le tas est l'objet de recherches très poussées de la part des scientifiques. S'intéresser aux lois des écoulements, à ce que l'on appelle l'effet de voûte, les chaînes de pression. Face à cet indéchiffrable amoncellement, il découvre une série de données qui n'en épuisent pas l'énigme. Pour la rêverie, c'est un tremplin inestimable qui se traduit dans le spectacle sous forme de méditation quasi silencieuse -mais non sans fracas et autres effondrements intempestifs... « Le tas nous met en contact avec cette énigme de l'ordre et du désordre qui le constituent. Il n'est pas productif, c'est une parenthèse. C'est aussi une matière à métaphore. Il s'agit ici de retrouver un rapport amoureux avec le monde. Chose urgente, à une époque où la consommation d'images déjà interprétées par d'autres est devenue la préoccupation de la plupart d'entre nous ».
H.L.T.
Source Externe : Aden 23 au 29 novembre 2002.
Inséré le : 25/10/2002 00:00