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Un Shakespeare, en général par Gérard Mayen
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Genre : danse (Mots-clés : )
Genre Ressource : texte d'analyse
Genre Agenda : danse
Rubrique : 2009-2010
Nathalie BEASSE chorégraphe
Texte : Très vite, on pourra choisir. Très vite s’affranchir du vain objectif de tirer forcément au clair les motivations exactes, démêler l’intrigue, traquer l’épilogue, de cette situation qui voit trois hommes, deux femmes, se retrouver sur le plateau d’
Happy Child. Certes, à un moment donné, la mise en effigie d’une couronne, zébrée d’une chute comme sous les coups d’un crime, et enfin le phrasé d’une scansion dramatique en langue anglaise, nous mettent sur la piste de Shakespeare. Désir. Folie. Pouvoir.
Or tout reste beaucoup plus proche, immense à la fois, dans la mise en mouvement général des corps faisant signes dans un espace de grande respiration, en même temps que fouillé de tentures et recoins. Immaculé, comme polaire, ce volume attend d’être griffé par les tourments, les foucades, les rêves, fantasmes et non-dits, de cette petite bande qu’on pressent familiale, livrée aux brises de temps un peu anciens.
Tout paraît s’être écrit depuis le plateau, dans un rapport de nécessités partagées, faisant puissance d’appel. Cela nous emporte dans un souffle flottant de sens, toujours ouverts. Ce théâtre chorégraphique tourne ouvertement le dos à toute causalité linéaire – et d’ailleurs, combien de ses personnages ne se montrent-ils pas de dos – pour exercer sa conviction dans la performativité des matières. Ses voix font geste.
Il n’est jamais possible d’en détacher tout à fait un interprète de la force concertante du collectif. Mais la propre singularité de chacun s’étoile elle-même dans les labyrinthes du sentiment d’être. Il y faut tout le corps, poreux, palpitant de connexions multiples, présent aux flux poétiques des moindres instants engagés, détournés, sondés. Des failles se creusent. Des lignes se tendent. Parfois une rage de corps survient, une étreinte d’excès, sinon encore une cambrure ludique, ou errance en état d’écoute.
A ces jeux un duo fiévreux s’enlace au piano – importance saisie des objets, dans cette pièce –, un ballet travesti d’outre-genres se pavane, et glisse vers un régime général du vêtement comme sculpture de soi. Loin de faire résolution, des unissons amplifient le sentiment de mystère dramatique, dans la résonance de sonorités troubles, ou textes parcellaires. Si le théâtre était un art du texte, à entendre, celui de Nathalie Béasse nous renvoie incessamment à ce qu’il faut y voir aussi, mais encore éprouver, à sa place de spectateur, kinesthésiquement, dans un éveil des chiasmes sensoriels.
Happy child - dont ce titre nous attire aussi vers l’hypothèse heureuse d’un conte illustré dont on tournerait les pages – met en jeu l’être-ensemble scénique des énergies connectées, personnalités rencontrées, débordant souterrainement en une contamination d’atmosphères. On n’est pas étonné d’apprendre que Nathalie Béasse, chorégraphe, scénographe et metteur en scène, est aussi de filiation plasticienne, et passionnée d’écriture cinématographique.
Gérard Mayen
Critique Danse
Source Externe : Théâtre de la bastille
Date de publication : 08/12/2010
Période traitée : 2010-02-02
Inséré le : 08/12/2009 14:53