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Si Tartuffe voyait ça, il serait caissier dans un peep-show


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Genre : théâtre (Mots-clés : )

Genre Ressource : compte rendu

Genre Agenda : théâtre

Pierre Meunier Metteur en scène

Texte : SexAmor, création de et avec Pierre Meunier et Nadège Prugnard, est un mano a mano, pour dire l’amour, le sexe, la mort.
Il promène sa silhouette quelque peu dégingandée au milieu d’un mobile géant musical. Se jette à l’eau pour nous dire, grosso modo, qu’il part à l’aventure, à la recherche de l’amour. Elle apparaît dans un long boyau transparent suspendu dans les airs. À force de contorsions, elle finira par en sortir, projetée sur le plateau tel un nouveau-né dans la vie. Approche, séduction, attraction, répulsion, l’étrange ballet des corps et des pulsions se met en branle. L’homme et la femme se jaugent, se touchent, s’évitent. Irrémédiablement attirés l’un par l’autre, mus par un irrésistible désir charnel, les corps expriment ce que les mots ne savent, ou ne peuvent, dire.
Deux corps, deux c½urs, deux sexes. Le jardin d’Eden est pavé de sacrées embûches. On entend des cris, des bruissements de corps. On voit des femmes-fées voler, s’envoler, cracher des mots-crapauds. Dans ce jeu d’échecs, les pièces prennent la forme de clous géants qu’on jette avec force au milieu desquels on esquisse une danse sensuelle et où le moindre faux pas peut s’avérer mortel.
La rencontre de leurs deux univers devient évidente
On peut parler de rencontre entre Pierre Meunier et Nadège Prugnard. Lui, poète-ferrailleur, inventeur de machineries mentales et mécaniques surréalistes, crée des univers baroques et poétiques avec du matériau lourd, de la fonte, du fer, des pierres… Son univers théâtral soulève des montagnes de ferrailles, fait rouler les pierres et pleurer la terre. Nadège Prugnard écrit des textes surprenants, dérangeants, qui flirtent avec l’intranquillité, les tabous, le sexe, la condition féminine. Elle ose les interdits, brave la bienséance, bouscule la morale bourgeoise. Son écriture est à vif, provoque des irruptions de désir et d’angoisse, des démangeaisons à répétition. M.A.M.A.E. ou Women 68, deux de ses créations, explosent les codes de la parole policée, « peaulissée ». Écriture crue, onomatopéique pour dire l’urgence de vivre, la pensée en action.
La rencontre de leurs deux univers devient évidente, s’impose. L’un et l’autre marquent de leur présence, discrète mais ferme, la scène théâtrale contemporaine. Les errements sur le plateau de Pierre Meunier, ses mimiques et ses sourires d’amoureux tour à tour séduit, éconduit  ; cette mécanique du geste poétique, tout se heurte de plein fouet à la présence terrienne de Nadège Prugnard. Chacun joue de sa différence, s’amuse de son désir de faire corps avec l’autre, se lance dans des impromptus où l’équilibre ne tient qu’à un fil. Voilà un spectacle encore en devenir, fort et fragile, osé et gonflé. Il dit le rapport à l’autre, l’altérité, l’angoisse de la mort, le désir, dans une scénographie qui dessine les contours des fantasmes et autres fantaisies sexuelles et spirituelles. Il dit l’art du théâtre en perpétuel mouvement, le plateau comme une vaste plaine où tout est à conquérir, à inventer. Pierre Meunier et Nadège Prugnard, tels deux Don Quichotte ayant repéré de nouveaux moulins, pratiquent un théâtre atypique, résolument contemporain, à contre-courant de toutes conventions.
Marie-José Sirach

Source Externe : L'Humanité
Date de publication : 12/11/2009


Période traitée : 2009-11-10
Inséré le : 12/11/2009 18:40