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Sacre théâtral bestial
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Genre : théâtre (Mots-clés : )
Genre Ressource : texte d'analyse
Genre Agenda : théâtre
Rubrique : 2009-2010
Valère NOVARINA auteur
Texte : Un grand acteur, c’est un mélange de sainteté et de bestialité. Jean-Yves Michaux est de cette race, à Vidy. Il est la bouche et le corps, mieux, la pente du Monologue d’Adramélech. Il épouse ce texte à cent têtes et mille pattes de Valère Novarina. Oui, ce comédien, ancien torero, vit le drame et la farce d’une langue qui batifole à la face de Dieu, accumule les stèles sur le passage des sans-grade, descend dans les tranchées de l’Histoire, oublie tout, n’oublie rien. Guidé par Novarina lui-même, il émeut en héraut de carnaval.
«Adramélech! Adramélech!» C’est sur cet appel que Jean-Yves Michaux surgit en scène, chemise prune, robustesse de bon vivant. Il se lance, bordée à la capitaine Haddock:
«Satanés marmillards de billions d’apparents! Six cent quatre-vingt-dix mille millions de trilliards de billions. L’Adramélech, son labeur est à son comble.»Adramélech, c’est l’élu – celui que l’invisible appelle. Mais aussi l’orphelin: celui qui a perdu ses repères. Il est aspiré par le théâtre, c’est son destin de se répandre, de subir l’empire de la nuit. Il s’apparente à l’acteur, tel que Novarina le célèbre depuis ses premières pièces dans les années 1970. D’Adramélech, on pourrait dire qu’il est le comédien au travail, celui qui, dans le bonheur de la vocation, échappe à la mesure, aux canons de la représentation; qui s’accepte trou d’air; et se fond dans un rêve d’homme libéré des obédiences naturalistes. Publicité
Mais assez de glose! Jean-Yves Michaux est lancé, cerné par les toiles peintes par Novarina, des éclaboussures sanguines ou nocturnes, d’où surgit parfois, à peine esquissée, une silhouette. Il débite la quête d’Adramélech; la délaisse dans l’excitation d’un calembour; s’attarde avec des mines de notaire sur une fornication; engloutit des listes de mots gourmands. Parfois, il se fait boxeur, carcasse en ordre de bataille, poings catégoriques. Il arrive aussi, et c’est déchirant, qu’il se heurte au silence, un blanc dans l’homélie, et ses mains, dégrisées, étreignent le vide. Hermétique, ce Monologue ? La question ne se pose pas ainsi. Jean-Yves Michaux appartient à la tribu des batteleurs novariniens. Il bouleverse alors même que tout nous échappe. Un acteur bestial, oui.
Alexandre Demidoff
Source Externe : Site du Théâtre Vidy Lausanne
Date de publication : 19/10/2009
Période traitée : 2009-11-20
Inséré le : 19/10/2009 15:56