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Entre rêve et réalité
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Genre : théâtre (Mots-clés : )
Genre Agenda : théâtre
Rubrique : 2009-2010
JEAN-MICHEL RABEUX Metteur en scène
Texte : Des équiIibres fragiles et fugaces ou anecdotiques et saturés... Un troublant
Cauchemar qui creuse ses obsessions et les nôtres :
« comment peut-on encore faire du théâtre comme cela aujourd'hui» La question a fusé de la bouche d'un spectateur impertinent et furieux à la fin d'un accueil si ce n'est enthousiaste au moins très attentif, à la fin de ce
Cauchemar, objet théâtral pas tout de suite identifiable et dont raffole Jean-Michel Rabeux. Les enjeux qui se jouent sur le plateau sont ceux qu'il fait remonter de la vie, de l'intime de tout un chacun, activés par des références à la société ou l'histoire On en sort quelque peu sceptique. Et perplexe. Beaucoup de très belles choses, insolites et plastiques, comme ce reflet d'un croisé de mains de la fille (Vimala Pons) sur la toile du fond de scène, ou, plus tard, sa danse d'elfe et de boxeuse D'autres laissent plus dubitatif : pourquoi toutes ces télévisions au sol ? Une frontière entre le monde du théâtre vivant, ritualisé, sacralisé et celui du spectacle cathodique, obscène, crachant notre monde en décomposition et dont il veut faire le procès ? Ou toute autre chose, peut- être ? Depuis Pasolini, qui a su si bien formuler
« la dictature de la télévision » l'objet télévision fait recette sur les plateaux de théâtre et en sature l'espace. Tout comme ce rapport à la nudité auquel on n'échappe guère même lorsqu'il n'a pas lieu d'être Ici, c'est la mère (Claude Degliame) qui sort nue d'une nuisette d'abord longuement entrebâillée pour au final dire
« La mère était nue, elle se rhabille » Certes, au niveau d'analyse et d'exploration où en est Rabeux, on imagine bien qu'il tente de dire autre chose sur l'âge et la perte plus que d'illustrer une réplique, mais il n'est pas sûr qu'on le reçoive comme il le voudrait Ayant dit cela, on s'incline ensuite devant l'acte théâtral de ce
Cauchemar qui, soulignant que l'on n'est pas dans la réalité, en parle quand même de plein fouet Que signifient le viol, l'inceste, la complexité cet l'éventail des transgressions et des interdits familiaux ? Comment pèsent-ils sur notre humanité profonde ? L'allégorie de la question, fort bien vue et maîtrisée par un Eugène Durif en juge décalé et décalant, est particulièrement bien vue Elle renvoie autant à l'interrogatoire qu'à la torture en en soulignant les frontières, celles qui nous feraient penser à Henri Alleg, aux diaboliques inventions du Moyen Age ou de Guantanamo. Rabeux parvient à prendre du recul et du champ pour s'extraire du quotidien de la langue, permettant au spectacle d'atteindre parfois une respiration et un souffle qui renvoient à la tragédie grecque à laquelle il veut se référer : l'Orestie On ne cherchera pas à savoir s'il s'en approche vraiment ou pas - peu importe -, il en touche l'essence et la restitue dans Ie contexte d'aujourd'hui La mère et la fille, la bien nommée Églantine, sont ses meilleures porte-voix Éblouissantes actrices dont on ne perd pas une miette des visages et des mouvements, portant avec défi ou soumission la douleur où la grâce de cet étrange texte, et qui, par leur seule force d'interprétation, viennent bousculer le spectateur Et là
le Cauchemar suscite du dérangement et ne rate pas sa définition
« Idée, chose, personne qui importune, tourmente » Marina Da Silva
Source Externe : L'Humanité
Date de publication : 28/09/2009
Période traitée : 2009-09-17
Inséré le : 28/09/2009 17:22