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Jeanne Mordoj
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Genre : théâtre (Mots-clés : )
Rubrique : 2008-2009
Jeanne MORDOJ Metteur en scène
Pierre Meunier Metteur en scène
Texte : Dans « Eloge du poil »,son troisième solo, mis en scène par Pierre Meunier , cette jeune artiste nous invite à une rencontre insolite et poétique avec une femme à barbe. Après une tournée de deux ans et plus de cent représentations, elle sera au Théâtre de la Bastille au mois de mai. Propos recueillis par M-C. Nivière
Dans une société si lisse, « Eloge du poil » est un titre un peu provocateur, non ? Dans le titre, le poil représente tout ce qui dépasse, déborde, ce qui est sauvage, incontrôlable. Effectivement, il y a de la provocation. C’est aussi réjouissant de mettre une barbe… Comment être femme avec une barbe ? Cela interroge la beauté et permet de donner jour à ce que l’on cache. Mon travail tourne autour de la féminité, ici, je l’aborde par un côté plus sombre.
Comment en arrive-t-on à choisir pour sujet la femme à barbe ? Quand j’étais gamine, j’adorais me faire une barbe avec la mousse de mon bain, cela me fascinait. Un jour, j’ai été contactée dans le cadre d’un projet sur les baraques foraines. Je me suis dit que je ferais bien une femme à barbe. Cela ne s’est pas fait, mais l’idée est restée en moi. J’accumule des matières et puis, un jour, ça sort. Je désirais travailler sur les monstres, parler de ce qui me préoccupe, évoquer des choses plus sauvages, plus sombres. Qu’est-ce qu’être normal ? Qu’est-ce que l’anormalité ? La femme à barbe aborde aussi l’ambiguïté sexuelle. Homme ? Femme ? C’est s’emparer d’un tabou qui permet de parler du sexe, de la mort, de questions existentielles.
Vous êtes allée jusque dans les pays de l’Est pour rencontrer la femme à barbe… J’ai présenté mon projet sur le thème de la femme à barbe à la Villa Médicis, hors les murs. J’ai obtenu une bourse qui m’a permis de voyager pendant trois mois dans les pays de l’Est. Je sentais que mon personnage venait de cette partie du monde et il était important de me confronter à ma recherche artistique. Je n’ai rencontré aucune femme à barbe. J’étais partie avec très peu, je suis revenue riche de sensations, de couleurs…
Votre univers est composé de numéros de cirque, de théâtre d’objets… De quelques morceaux de textes, aussi, et de beaucoup de choses invisibles et … Je me suis demandé comment ces outils que sont les objets, le jonglage, allaient se mettre au service de ce qui se raconte. J’aime le côté prouesse, mais surtout le côté magique du cirque. Que l’exploit se réalise en ayant l’air évident, naturel… Quant aux objets, je souhaitais travailler avec ces matières comme des crânes d’animaux, des jaunes d’œufs, des coquilles vides… Ce que j’aime, c’est la gravité dans la légèreté. Et comment rendre hommage à la vie en abordant le sujet de la mort. Sur scène, j’ai deux comparses assez présents [deux crânes d’animaux].
Et la ventriloquie… J’ai étudié auprès de Michel Dejeneff, le papa de Tatayet. J’ai appris une technique que j’ai ensuite mise au service de ma recherche. C’est difficile, parce qu’il faut trouver, en même temps, la voix, la manipulation du personnage… Il faut se projeter, donner un caractère à l’objet. Je suis touchée quand on me demande comment je fais pour que la voix sorte de la bouche du crâne. C’est magique de donner vie à une chose morte, l’illusion…
Votre metteur en scène, Pierre Meunier, a une belle définition de votre travail : « Joyeux de métaphysique foraine… » C’est Pierre qui en est l’auteur, donc je ne pourrais parler pour lui, mais elle reflète bien le travail. C’est un spectacle à la fois forain et métaphysique, joyeux et sombre. Tous les éléments cohabitent. C’est ce qui en fait un spectacle tout public. Chacun y puise ce qu’il veut à travers son propre ressenti. Pour les enfants, la mort n’est pas un tabou aussi fort que pour les adultes. Ils l’abordent plus simplement.
Comment s’est déroulée votre collaboration ? Je cherchais quelqu’un. Des gens m’ont conseillé de rencontrer ce monsieur. Je connaissais ses travaux. Il y a des pôles communs, comme l’attrait sur la matière. On s’est apprivoisé. Cette précieuse rencontre a donné forme à pas mal de choses. C’est quelqu’un qui vient du cirque et du théâtre. Il n’y en a pas beaucoup. Ce mélange-là m’intéresse énormément.
Source Externe : Le Figaroscope
Date de publication : 05/05/2009
Période traitée : 2009-05-04
Inséré le : 05/05/2009 17:03