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Les Justes/L'Homme révolté
Chapeau : Avec des comédiens profondément engagés dans un théâtre de combat, il donne à ce théâtre politique une jeunesse que l'on croyait à jamais disparue.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Genre : théâtre (Mots-clés : )
Rubrique : 2008-2009
Jean-Louis Pinte auteur
Texte : Les Justes
L'homme révoltéNous sommes à Moscou au début du XXème siècle. Un groupe de révolutionnaires organise un attentat à la bombe contre le grand-duc Serge, oncle du tsar. Mais quel sera celui qui va anéantir le tyran ? Chacun veut être le héros. Sauf Dora, la seule femme du mouvement. L'un deux, Kaliayev, est désigné par le groupe. Mais le jour de l'attentat, il ne lance pas sa bombe. Les enfants du duc l'accompagnaient et il n'a pas voulu faire une boucherie. Certains lui reprochent ce manque de courage. Lui oppose un point de vue humaniste. La barbarie ne peut pas servir la cause révolutionnaire. Remis à plus tard, l'attentat aura lieu.
Son auteur sera arrêté puis pendu. Qu'est ce que ce geste révolutionnaire a signifié pour ces hommes ? La question est posée par l'auteur, Albert Camus. Sa pièce,
Les Justes, qui au début s'appelait
Les Innocents, part d'un fait réel. Il s'est inspiré des mémoires de Boris Savinkov, l'un des responsables de l'assassinat du grand-duc à Moscou en 1905. Ce n'est pas tant les faits historiques qui intéressent Albert Camus que l'idée de responsabilité individuelle. Dans sa pièce, il oppose un révolutionnaire idéaliste, pur, épris d'humanisme à un homme qui ne se pose aucune question, exécuteur des bases oeuvres? A cela il ajoute une idylle amoureuse entre le poseur de bombe et Dora. La pièce a été créée le 15 décembre 1949 au Théâtre Hébertot avec dans les rôles principaux Maria Casarès, Serge Reggiani et Michel Bouquet. Contrairement à son habitude, ce n'est pas Albert Camus, souffrant et absent de Paris, qui met en scène
Les Justes, mais Paul Oettly. c'est un succès qui réconforte l'auteur après l'échec de la précédente pièce Etat de siège, pourtant remarquablement mise en scène par Jean-Louis Barrault.
Gwenaël Morin, metteur en scèneIl a d'abord suivi une formation d'architecte avant de se lancer dans le théâtre. À 27 ans, il devient l'assistant de Michel Raskine, un metteur en scène qui a beaucoup travaillé avec Roger Planchon. Par la suite, Gwenaël Morin va s'intéresser en profondeur à l'œuvre théâtrale de Garcia Lorca dont il monte
Le Voyage à la lune et
Comédie sans titre. Dernièrement, il a mis en scène
Guillaume Tell d'après Schiller au Centre culturel suisse, invité par le plasticien Thomas Hirschhorn.
Critique«Les Justes» est une pièce dans la grande tradition des tragédies classiques, d'une écriture simple, claire et parfois lyrique. Surtout dans ses élans révolutionnaires. La grande qualité de la mise en scène de Gwenaël Morin est de nous faire écouter le texte dans sa plus grande luminosité. Il rajeunit Albert Camus alors que parfois son théâtre a quelque peu vieilli. Mais Morin est un chien fou pour qui le théâtre n'est pas un acte anonyme dans la société. Il tient lui aussi une bombe entre les mains et il nous la fait exploser en pleine figure. Il s'accapare la violence pour mieux la dénoncer, nous enferme dans un univers clos où l'on ne pardonne rien, mais dans lequel la tendresse ne veut pas dire son nom. Sa mise en scène est physique. Affrontements de corps, affrontement des mots hurlés jusqu'au désespoir. Il faut accepter ce parti prix pour pénétrer au coeur de cette dramaturgie. Il y a bien sûr quelques afféteries de mise en scène un peu gratuites. Péché de jeunesse. Avec des comédiens profondément engagés dans un théâtre de combat, il donne à ce théâtre politique une jeunesse que l'on croyait à jamais disparue.
Jean-Louis Pinte
Source Externe : Le Figaroscope
Date de publication : 07/11/2008
Période traitée : 2008-11-12
Inséré le : 12/11/2008 17:43