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Le diable en partage (présentation)
Le diable en partage.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Emmanuel DEMARCY-MOTA Metteur en scène
Fabrice MELQUIOT auteur
Texte : Je suis parti pour la Bosnie. La guerre était finie depuis cinq ans, mais Sarajevo, Mostar et les campagnes autour de la Neretva portaient encore les séquelles de ce qui fut, et les portent pour longtemps. à Sarajevo, j'ai rencontré Lorko et Elma, qui sont devenus ces anges dans les cheveux du diable. Ils existent. Il est croate, elle est musulmane. On a passé des jours ensemble et des nuits à se lancer des boules de
neiges en riant et parfois Lorko me disait : “ça me rappelle la guerre, les boules de neige qu'on se lance.” On a parlé de leur histoire, ils m'ont permis d'en prendre des bribes pour écrire la mienne. Aujourd'hui, ils ne s'aiment plus parce qu'il est croate et qu'elle est musulmane. Ce qui traîne dans l'air bosniaque, les rancoeurs, les haines, les remords, ce que l'histoire charrie a été plus fort que l'amour qu'ils défendaient.
Fabrice Melquiot
Les textes de Fabrice Melquiot, souvent nés de voyages, sont porteurs d'une grande sensibilité quant aux pays traversés, aux êtres rencontrés. Le diable en partage, écrit à la suite d'un séjour en ex-Yougoslavie au lendemain de la guerre, porte cette qualité en puissance : la grande
violence d'un monde au bord des ruines, les haines fratricides qui
rongent les familles se heurtent toujours à l'humanité profonde des
personnages sans jamais l'emporter complètement.
Emmanuel Demarcy-Mota
J'ai écrit Le diable en partage pour dire : il faut veiller et dépasser les chiffres, dépasser les représentations, dépasser le théâtre lui-même pour aller sur les territoires de l'intime interroger ses responsabilités d'homme.
Le territoire de l'intime, entre son ange et son diable, sur un fil qui
permet d'embrasser le monde pour ce qu'il est, provisoirement.
Fabrice Melquiot
Par la grande délicatesse dans l'écriture des personnages féminins, la vivacité des dialogues entre les jeunes gens - ping-pong verbal ou drague insolente - on a toujours le sentiment d'être en présence d'une langue très personnelle, riche d'univers différents, de rythmes spécifiques : souvent fort d'images poétiques inattendues, le travail sur la langue, son élaboration, peut basculer en un clin d'oeil dans un autre registre, plus trivial sans être quotidien, avant de s'élever à nouveau.
Emmanuel Demarcy-Mota
Le diable en partage ne laisse-t-il pas entendre, sans que ce soit aucunement rassurant, que les temps ont changé ? Lorko trahit la cause serbe, parce qu'on lui demande de consentir à des horreurs contre les croates. En outre, mais ce point est essentiel, il a épousé une musulmane. Pour nous (mais qui est-ce nous qui en juge ainsi ?), il a bien fait de ne pas adhérer à l'idéologie nationaliste expansionniste. Reste qu'il se considère tout de même comme un traître. Alors que pour nous, ce sont des salauds, en tout cas des criminels.
François Regnault
J'écris à Lorko et Elma presque chaque jour, séparément désormais. Un jour, alors qu'on mangeait du lard dans sa cuisine, Lorko m'a dit : “ce pays, c'est le Triangle des Bermudes, et c'est mon avenir qui a disparu.”
Fabrice Melquiot
Source Externe : Théâtre de la Bastille.
Inséré le : 11/10/2002 00:00