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Dévoilement d'un auteur.

L'inattendu et le diable en partage.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Emmanuel DEMARCY-MOTA Metteur en scène
Fabrice MELQUIOT auteur

Texte : Emmanuel Demarcy-Mota met en scène deux textes d'un jeune auteur qu'il connaît bien, puisqu'il s'est initié au théâtre avec lui. Jean-Marie Hordé, directeur du théâtre de la Bastille, avait lu ces textes, publiés mais non encore joués. Deux volets, des thèmes qui se croisent. Un théâtre en prise avec le monde, mais une écriture véritable, cette distance qui légitime l'œuvre. Et d'excellents interprètes.

II est né en 1972. Et c'est un auteur, pas de doute. On le connaît depuis un certain temps puisqu'il a écrit pour les enfants et donné des textes pour la radio. On le connaît aussi parce qu'il a approché le théâtre par le plateau, avec Emmanuel Demarcy-Mota. Il était clair, et Jean-Marie Hordé a eu raison de le souhaiter, que les pièces de Fabrice Melquiot ne pouvaient trouver meilleure écoute que celle de Demarcy-Mota. Premier volet, « L'Inattendu », un monologue porté par la sensibilité et l'intransigeance de Marie-Armelle Deguy, Liane qui refuse le deuil, Liane qui partira découvrir le monde, ce monde des plaies que l'on retrouve dans la deuxième pièce, « le Diable en partage ». Une phrase de George Bataille, inscrite liminairement : « Ce monde couvert de patries comme un homme est couvert de plaies. » C'est de ce monde-là dont nous parle Fabrice Melquiot.

Le soliloque de Liane, qui pleure l'homme perdu en croyant trouver des signes de sa présence dans des flacons de verre aux tons sourds, et la guerre que raconte clairement « le Diable en partage », en se fixant du côté serbe, se répondent. Melquiot, qui a séjourné dans les Balkans avant d'écrire, ne fait pas du reportage, ne prend pas parti. Il compose. C'est un auteur. Les personnages sont précis, mais ils sont aussi universels et cette guerre particulière, c'est aussi toutes les guerres, toutes les plaies.
Un texte éclaire l'autre, et réciproquement. Marie-Armelle Deguy, dans le chant profond de Liane, inscrit dans un décor troublant et pertinent, on la retrouve, dans un registre très différent, une apparition très brève dans « Le Diable en partage ». Dans cette pièce, un décor très malin (au Sens propre) aussi, plateau pentu d'où on surgit d'au-dessous (comme le diable) et qui nous fait rencontrer Lorko (Philippe Demarle), qui ne supportera pas la guerre et s'enfuiera en France, Serbe et déserteur, Elma (Corinne Jaber), la jeune femme idéale, sa femme, musulmane, Jovan (Louis Arène), frère cadet de Lorko. Alexandre, (Benjamin Egner). leur ami. Ces deux-là font la guerre et rentrent dîner chez maman Sladjana (Geneviève Mnich) et papa Vid (Alain Libolt). N'oublions pas Charles-Roger Bour. cocasse automobiliste...
La fable est tragique, évidemment. Mais ce qui frappe le plus ici c'est la manière légère, fine, elliptique de Melquiot. Pas de leçon, pas de discours. Du vécu transfiguré par l'encre et les nécessités dramatiques. Tout cela mis en scène magistralement par Emmanuel Demarcy-Mota et remarquablement interprété par tous les comédiens réunis qui ont la sensibilité et l'audace qu'exige cette écriture forte et très originale. A découvrir.

A.H




Source Externe : Le quotidien du médecin 25 septembre 2002.


Inséré le : 08/10/2002 00:00