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Blessures.

L'inattendu et le diable en partage.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Emmanuel DEMARCY-MOTA Metteur en scène
Fabrice MELQUIOT auteur

Texte : Deux pièces de Fabrice Melquiot, hanté par les conflits modernes.

Nommé directeur de la comédie de Reims, Emmanuel Demarcy-Mota commence son quinquennat avec deux pièces inédites, jouées à Paris puis en Champagne. Il a découvert un auteur fort intéressant sans aller très loin : Fabrice Melquiot est acteur et fait partie de sa troupe. Voilà quelqu'un qui va compter : un langage qui n'appartient qu'à lui, un regard personnel et passionné sur le monde où nous vivons.
Première pièce : l'Inattendu. Une femme parle d'un homme qui n'est pas là et ne reviendra pas. Elle ne sait pas que « l'inattendu » va se produire : ce n'est pas le retour du disparu mais une chose qu'elle n'aurait jamais imaginée... La mise en scène fait tourner l'actrice dans l'exiguïté d'une chambre et dessine les lignes brisées d'un désespoir. L'actrice est une comédienne d'une extrême sensibilité : Marie-Armelle Deguy. Chez elle, tout est chant, étouffé ou vibrant. Elle ouvre en nous de durables et délicates blessures.
Seconde pièce : le Diable en partage. Si la guerre était en arrière-plan de l'Inattendu, elle est le sujet même de cette œuvre, située au cours de la guerre de Yougoslavie. Nous sommes dans le clan serbe, dans une famille dont la joie est de casser du musulman. Pourtant, la compagne d'un des fils est musulmane mais le groupe ferme les yeux, jusqu'à ce que la haine contenue explose. Mais le thème principal n'est pas là. Il est dans la désertion d'un des personnages, parti se cacher en France. Cependant, l'écriture de Melquiot n'est pas exactement réaliste. La crudité de la vie vraie se double d'onirisme, de scènes mentales.
Dans un dispositif ingénieux d'Yves Collet -un sol mobile où tout est possible-, Emmanuel Demarcy-Mota réalise une étonnante mise en scène nocturne. La guerre, c'est notre honteuse part de pénombre. Philippe Demarle incarne le déserteur avec un lyrisme tenu, où se mêlent la souffrance et le rêve. Ses partenaires, Charles-Roger Bour, Corinne Jaber, Louis Arene, Benjamin Egner, Alain Libolt, Geneviève Mnich, sont étonnants dans leur façon de sortir de l'ombre et d'y retourner. La naissance d'un auteur, Fabrice Melquiot, s'effectue rarement avec une telle justesse.

Gilles Costaz.



Source Externe : Politis jeudi 3 octobre 2002.


Inséré le : 08/10/2002 00:00