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Peut-on imaginer ...

Peut-on imaginer ...

Chapeau : La scène est ce lieu où se perçoivent quelques-uns des mystères de Dionysos.

Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Texte : Peut-on imaginer que s'écrive un jour l'histoire du paraître, du point de vue de la scène ? Danse et théâtre sont du corps en scène, du corps exposé aux regards, une affirmation de la présence dessinant par-là un espace Les deux expressions demandent au paraître, -voici, je rentre en scène, j'apparais – d'avouer autre chose : il y a toujours dans le fugitif un rêve de permanence, ou un espoir de mémoire. C'est aussi par-là que se différencie l'art de distraction de l'art du regard. Comment comprendre l'art du regard ?

La scène est ce lieu où se perçoivent quelques-uns des mystères de Dionysos. Ce demi-dieu, homme et femme, doux et cruel, dangereux, dit dans les Bacchantes ce qu 'il en est des voyants. Il dit à Penthée, ce jeune roi qui refuse de le reconnaître comme un dieu : déguise-toi en femme et viens assister à la transe des femmes en délire. Mais le roi vient en voyeur, non en voyant. Il sera dévoré.

La scène propose à chacun de changer son regard. C'est parfois très léger, il suffit d'un rien, parfois plus grave. Qu'importe ! Il s'agit toujours de chanter l'unité du corps et de l'âme, de la chair et de l'esprit, de la mémoire et de l'avenir. Et de voir jusqu'au regard des morts. Devenir voyant, c'est se réjouir de participer à ces bacchanales. Rester voyeur, c'est juger seulement d'un objet culturel. D'un côté, une joie libre ; de l'autre la suspicion du juge.

Mais il faut que la scène soit ouverte et généreuse, il faut que ce qui est à voir mérite votre regard. Il faut que l'art se lève et que rentre l'acteur/danseur, ce demi-fou, évoluant entre maîtrise et abandon.

Le théâtre proposera toujours cet espoir là.

Jean-Marie Hordé



Source Externe : Théâtre de la Bastille 20 juin 2003


Inséré le : 15/09/2002 00:00