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Présentation. Dossier de relation public Valparaiso.

Valparaiso.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Don DELILLO auteur
Thierry de PERETTI Metteur en scène

Texte : Considéré par beaucoup, dont James Ellroy et Bret Easton Ellis, comme l'un des plus grands romanciers américains vivants, Don DeLillo a entamé depuis deux ans ce qu'il nomme lui-même un “lent processus de disparition”.
Un thème qu'il décline aujourd'hui dans son roman, Body art, et dans une pièce magnifique, Valparaiso.


extrait du dossier consacré à Don DeLillo
Les Inrockuptibles
avril 2002

Entre crise existentielle et satire des médias, il est
question de disparition et d'intimité dans Valparaiso, la pièce inédite de Don Delillo (...). Elle commence par une anecdote intime, qui se retrouve en fait tout de suite prise dans les rets de l'information : Michael est devenu célèbre du jour au lendemain en se trompant de porte d'embarquement dans un aéroport. Censé débarquer à Valparaiso, dans l'Indiana, il se retrouve successivement à Valparaiso, Floride, puis Valparaiso, Chili - mésaventure bénigne, dont on pourrait rire, mais qui va, sous les
scalpels des journalistes, révéler un aspect dramatique inattendu. La puissance sarcastique de Delillo explose ici à chaque page, dans le portrait des journalistes, ou dans l'invraissemblable chant du coeur des stewarts d'aéroport qui vient ponctuer les rencontres entre Michael et sa femme Livia d'un côté, les journalistes de l'autre. Valparaiso est une pièce de théâtre extraordinaire, qui illustre avec Body art et Libra, qui sortent ou ressortent simultanément, la palette remarquablement diversifiée d'un écrivain essentiel au plus haut de ses moyens.

Marc Weitzmann, Les Inrockuptibles, 3 avril 2001


Enfant, j'ai eu un accident de voiture, assez grave je crois, un dimanche matin d'hiver en me faisant accompagner à une compétition de sport. Il y eut beaucoup de sang, de tôle arrachée, éclatée, de tonneaux dans le ravin. Ce qui m'en reste n'est pas tant la blessure, le traumatisme, la peur ou la douleur que les cauchemars qui y ont succédé. Des cauchemars sans image, des cauchemars où des voix cotonneuses et désaccordées me parviennent de loin derrière moi et devant aussi. Je ne vois plus mon corps mais je sais que mes gestes sont d'une lenteur anormale, un rythme lourd, lourd. Des mouvements rapides et brusques tout autour de moi ; des murmures presque inaudibles, malveillants, inhumains se rapprochent, un peu plus près cette fois - Tout conspire et j'ai peur.
Voilà la première impression retrouvée en lisant Valparaiso (et plus encore par la suite dans la découverte de l'œuvre). Une sensation pure et étrange extirpée de l'enfance resurgit. Voilà le projet, l'ambition d'un spectacle en cours : un voyage inquiétant aux confins de l'âme et du cerveau. Un dérèglement des sens où le temps hors de contrôle “nous laisse une impression si forte que cela ressemble à la première douleur ressentie”.
Jean-Marie Hordé et le Théâtre de la Bastille m'invitaient, il y a un an, après la création de Retour au désert à réfléchir à une prochaine création. Après un parcours, une initiation, au théâtre et au monde par l'œuvre de Bernard-Marie Koltès et la création de trois de ses pièces, où trouver une œuvre aussi rayonnante, exaltante ? Lorsque j'ai appris qu'une pièce de Don DeLillo était sur le point d'être publiée en France, j'ai tout de suite senti qu'il fallait le faire : Valparaiso - Don DeLillo, deux noms qui suffisent à ouvrir les portes du rêve, avant même de connaître l'exacte teneur de cette incursion étrange dans le théâtre d'un des plus grands romanciers de ce siècle. J'avais depuis longtemps le même pressentiment pour Don DeLillo qu'on peut avoir vis-à-vis de Proust : on sait que c'est là, à portée et qu'un jour ou l'autre on s'y plongera entièrement. Valparaiso est une pièce hybride et déréglée, excroissance ou champ sonore d'une œuvre-substance titanesque, étincelante et inquiétante : fondamentale.
Lillo Eston Lillo (Less than zero, American Psycho, Glamorama) dit que si on veut comprendre le monde dans lequel nous vivons, la lecture de Don DeLillo s'impose. Ce que tait Lillo c'est que cette amorce de compréhension mène aussi à une perte de connaissance vertigineuse. Valparaiso est une pièce de théâtre, apparemment tout coïncide avec l'idée qu'on peut se faire d'un grand texte de théâtre, mais quelque chose ne va pas, par ailleurs, sans qu'on ait pu voir où situer le glissement : une langue élaborée, violemment érotique, construite avec des rythmes complexes, des tessitures de voix, des harmonies, des ruptures violentes et des personnages qui en sont traversés, des personnages qui s'élaborent par la langue (mouvement, psychologie, parcours, énergie, maladies et psychoses). Une narration dense et tendue. Des strates de lecture à l'infini, de compréhension sensorielle, une architecture pour la représentation, une imagerie, une scénographie de mathématicien : une expérience. Les liens, il faudra les débusquer du côté de Lynch, Lillo ou Antonioni. Valparaiso construit du théâtre, mais ne l'interroge pas, c'est l'implosion qui est recherchée ici. Les combats avec la scène que Don DeLillo propose et que je veux relever appellent de nouveaux outils de jeux, de nouveaux outils techniques. Pas de transversalité, ni de concept, tout est un dès le début : des images, de la danse, du chant, dès l'écriture. Et la promesse d'un objet mutant, dangereux, brillant. Valparaiso fait vaciller le monde réel.

Thierry de Peretti






Inséré le : 12/09/2002 00:00