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Valparaiso.

Valparaiso.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Don DELILLO auteur
Thierry de PERETTI Metteur en scène

Texte : Valparaiso !;tout d'abord j'ai cru que c'était en vélo que nous nous y rendions. Se rendre, voilà qui est écrit. Dès le commencement le scénario s'illustre d'une fausse piste. Cette bicyclette là ne fonctionne que dans le virtuel, tout comme les mots dans l'imaginaire. Valparaiso n'est pas un lieu-dit, mais un lieu décliné, un lieu où chacun d'entre-nous pourrait y planter son événement. Faute de savoir où cela se situe vraiment, c'est l'égarement que l'on porte en bandoulière. L'événement se force d'être inérant au voyage ; or ici, rien, une mascarade. Ici et là on retrouve le leurre, complice chéri et vicieux, qu'à ce point les personnages aiment s'en vêtir comme d'une évocation à la mode.
Au bout de nulle part, l'auteur à travers un voyage qu'il n'a pas accompli, un itinéraire inhibé, décrypte son texte pour mieux aliéner cette brebis d'hermès pour le moins crédule, détournée au fil de l'onde labyrinthique. Pour autant l'écriture de l'auteur reste reconnue d'un hémisphère à l'autre. C'est là que la presse intervient comme une passerelle machiavélique. Si le seul intéressé voit la trace de son cheminement se disperser, médias et comparses vont alors prendre en charge de retracer le périple de celui-ci, qui de ne pas savoir où aller avec précision, va se fabriquer un personnage très précisément. A vrai-dire une dictature confondue va s'en charger.
Valparaiso se dissout dans la mémoire, quand l'aventure d'un homme s'ébauche nettement sous les éclairages dévastateurs des radios et vidéos, et sous les morsures cannibales ointes de la salive de l'évènementiel. Subitement le projecteur est éteint, la salle s'allume pour que nous nous rendions à cette sournoise évidence : nous aussi sommes abusés. La distribution emploie alors un maître de cérémonie, qui d'un ton satisfait se « charme » de nous l'inculquer. Monsieur de Peretti s'est fait grand manipulateur, qu'il nous capture. A nous de constater que nous sommes ainsi participants, voués au théâtre porteur, transposés en l'auditorium commun de la torture du premier survenu.
Comme il exploite le doute du personnage, de la même manière il se sert de l'appel du voyage pour nous figer dans un Talk-Show qui n'est pas le bienvenu.
Le théâtre ici s'est volatilisé, et le texte du non-dit avec. La scène et la représentation se rétrécissent inexorablement en une exécution publique de l'âme voyageuse. Préalablement, l'effet racoleur et grandiloquent des harangues de ces serviteurs enjolivés du dernier kitch, les débits fugaces d'un texte prompté en accéléré, et les éclairages sentencieux de spots, tintamare malveillant, ont ainsi orchestré notre partition de l'existence en une fausse note de voyage ; en une impasse réactualisée, réactualisée, réactualisée...

Frédéric Genée.





Inséré le : 12/09/2002 00:00